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Métro, D-D-D-D-D-Dancez ! |
Telephone : Anna |
Ecoutez une sélection
de morceaux de cet album : |
Traduction
Française de la page correspondante sur www.stereosociety.com
le site de Mike Thorne, le producteur de cet album,
avec sa gracieuse permission pour la bertiliste.
Quelqu'un inventa l'expression "Pop will eat itself" (la pop se mangera elle-même). Le punk le fit, et devint juste un autre genre. Jouer vite, monter la distortion, et c'était parti.
L'adoption
d'une attitude devint un style en soi, et une mauvaise attitude pouvait parfois
être élégante à porter le samedi soir, attirante
pour une certaine foule, mais manquait
de
la fraicheur et de la spontanéité de la première fois.
L'esprit du grunge de Nirvana et de Pearl Jam avait ainsi plus en commun avec
le punk que la plupart des soi-disant héritiers des Sex Pistols et des
New York Dolls. Un style punk ne garantit rien de l'esprit punk. Et l'esprit
Rock'n'Roll est probablement plus universel et répandu, mais ces mots
sont eux aussi devenus un cliché galvaudé.
Les Rolling Stones étaient des proto-punks. Les mauvais garçons jouaient ce qu'ils aimaient et développaient leur technique afin d'y réussir. Ennuyer ses parents était alors bien plus facile que maintenant, étant donné que la Grande Bretagne au moins était en plein dans la tourmente du "conflit des générations", montrant le chemin de la prochaine défection massive de la jeune génération envers la "société polie", au milieu des années 1960.
Une des caractéristiques majeures des punks britanniques, au milieu des années 1970, était qu'ils savaient rarement aligner plus de trois notes sur les instruments de musique qu'ils avaient choisi. Le message était l'essentiel, le seul but étant la confrontation avec la complaisance et la condescendance de la classe dominante des "musiciens", ceux qui étaient perçus comme créant une musique de plus en plus vaine malgré leurs prouesses techniques. Les punks Britanniques décidèrent qu'ils avaient quelque chose à dire, puis attrapèrent un instrument et prirent la route.
L'amateurisme agressif des Britanniques fit qu'ils furent souvent surpris par la compétence de leurs pairs punks venant d'autres horizons. La brève présence des New York Dolls en Angleterre avait inspiré de nombreux membres fondateurs du mouvement punk, et l'arrivée à Londres des Heartbreakers de Johnny Thunders (le guitariste des Dolls) était source d'excitation mais aussi de confusion. Ces gens-là étaient techniquement très compétents.
L'été du Punk, en 1976, mit outrageusement le feu aux poudres, et la vague punk déferla sur l'Europe. Pas implement la technique punk, mais, bien plus important, la punk attitude. On devrait trouver des moyens de faire les choses hors des normes. Le dogme du style, qui avait souvent infecté les Britanniques ("Ca sonne une peu Heavy Metal" était une horrible insulte pour un groupe punk), ne touchait pas ceux qui restaient en dehors des frontières. Le groupe parisien Téléphone était punk dans son attitude, mais dans le courant musical des Stones, et ils jouaient très bien. Pathé-Marconi, la filiale française de EMI Records, les avait signés.
Ayant produit et amené dans les Charts l'album Live Roxy Club, j'étais alors considéré comme un des nouveaux agents culturels du Punk, bien qu'il me reste encore à perdre les cheveux qui me descendaient encore au milieu du dos, grâce à un sérieux coup de ciseaux de Graham Lewis, de Wire. On m'a demandé de produire Téléphone, mais j'étais occupé avec le premier album de Wire, Pink Flag.
Bien que étonnament bien joué, la démo de Téléphone avait une qualité électrique rappelant les débuts des Rolling Stones. Là où les groupes anglophones auraient pu sembler purement imitateurs, sur le territoire blues des Stones, la traduction par Téléphone de l'attitude et du style donnait une grande fraîcheur au message. Au lieu de copier en Anglais, ils avaient maîtrisé puis transformé un style dérivé du blues, et en avaient fait le leur propre. Ayant suggéré deux ou trois noms d'autres personnes qui pourraient convenir sur ce travail, j'étais persuadé que leur rendre visite à Paris pour deux ou trois jours serait une bonne idée. Il y a de pires week-ends dans la vie. Au moins pendant le vol aurais-je le temps et la tranquillité suffisants pour écrire les parties de flute pour Strange, de Wire.
Après
les avoir rencontrés, il n'y avait plus aucune hésitation pour
travailler avec eux. Ils vivaient avec l'enthousiasme frais de leurs bandes,
se moquant de la manière traditionnelle de faire les choses, au point
de préférer les antiques studios parisiens de Pathé-Marconi.
La Punk Attitude Britannique se serait arrêtée au passage clouté
de Abbey Road et à son odeur d'establishment, mais ce groupe reconnaissait
et appréciait le son organique, aérien et traditionnellement si
rock'n'roll et rauque de ce vieux studio, qui contrastait tant avec l'ennui
mortel du nouveau design des studios étudiés pour minimiser la
fuite du son d'un instrument vers le micro d'un autre. Mais j'avais besoin de
mon équipe londonienne, et je proposais alors l'Eden Studio, à
l'ouest de Londres, comme alternative acceptable. avec un succès raisonnable,
ce studio avait une acoustique à l'aura ex-BBC, ayant résisté
à la nouvelle mode du son mort... Son étoile montait au fur et
à mesure que de nouveaux artistes découvraient sa combinaison
heureuse entre un matériel contemporain et une acoustique vivante, ce
qui le faisait devenir un studio d'enregistrement actif du punk et de new wave.
Les guitares de Téléphone étaient plus rock'n'roll traditionnel que punk, deux antiques stratocasters avec un son classique qui mélangeait entre eux Jean-Louis Aubert et Louis Bertignac comme deux frères. La musique balançait entre la dislocation punk de Hygiaphone et la chanson d'amour inconsciente qui fut le premier single, Anna. Anna pouvait être écrite dans un rythme inhabituel de 7/4, mais on ne pouvait s'empêcher de taper du pied et on ne remarquait rien de vraiment étrange ni de culturellement précieux.
Une grande part du travail de production d'un disque consiste à construire de grands arrangements qui augmentent l'impact de la musique, sans rien sacrifier de sa spontanéité, ce qui serait un crime innommable. La musique la plus satisfaisante sonne souvent comme si elle venait d'être improvisée, bien que ce ne soit pas le cas. Les vocaux sur la fin de Anna ont été très soigneusement écrits, avec peut-être neuf voix ensemble. Un plan soigneux et beaucoup de travail qui permettaient d'avoir un gros son avec un feeling détendu, spontané.
La traduction du genre en Français faisait que des chansons dont les idées auraient pu être enterrées dans la poussière du monde du Blues anglophone sortaient dans un contexte nouveau, et différent. Un nouvel environnement change le sens et donne une nouvelle vigueur aux idées. Sur la route aurait pu sonner bêtement en Anglais, mais prenait une nouvelle vie propre en Français, même avec le final au style de pastiche du Blues tel qu'aurait pu le faire Canned Heat (ceux de On The Road Again, un hit de la fin des sixties). Jean-Louis s'en sort parfaitement avec Telephomme, une ballade rock comprenant les paroles "Je suis tout seul chez moi, je t'appelle mais tu ne réponds pas". Des choses différentes fonctionnent dans des langues différentes : dans la tradition rock'n'roll anglophone, de telles paroles seraient ridiculement banales, mais avec ce nouvel environnement et une interprétation passionnée, elles fonctionnent extrêmement bien.
Un des plus grands problèmes du groupe était de chanter en Anglais ou en Français. La maison de disques, espérant que le groupe sortirait du marché francophone pour s'exporter vers le marché anglophone beaucoup plus important, demandait qu'ils chantent en Anglais. Ma position immédiate fut de dire que leur musique avait plus de sens et se distinguait mieux en Français, les appropriations stylistiques l'ayant transmutée en quelque chose de totalement différent, grâce aux changements de langue et donc de culture. Leur premier album est entièrement en Français. On ne m'a pas demandé de produire le suivant, avec plusieurs chansons en Anglais, et je trouve plutôt satisfaisant de voir les différentes compilations et greatest hits présenter une proportion importante de chansons tirées du premier album.
Tous les morceaux avaient été longuement joués sur la route avant notre rencontre, et bien peu avaient besoin d'améliorations d'un point de vue structurel ou dynamique. Ils étaient capables de jouer un ambitieux morceau de cinq minutes sans les augmentations si souvent nécessaires pour maintenir en vie un long morceau. Flipper nous représente la vie comme une partie de ce jeu - "On te donne trois balles", on aurait bien attendu les New York Dolls pour y penser les premiers. La dynamique de ce morceau est améliorée avec un peu de tracking de guitares, mais la plus grande part de l'efficacité ne vient que des doigts des deux guitaristes.
Les sessions
d'enregistrement étaient excitantes, bien qu'ayant produit finalement
assez peu d'anecdotes.
L'énergie et la précision permirent de finir les pistes très
rapidement. Le groupe continuait à vivre la vie pleinement et heureusement,
bien illustré par un diner de fin de mixage, où je revois Louis
tomber de sa chaise avec beaucoup de grâce et de lenteur.
Le fin du mixage ne fut pas la fin de la tension liée à la livraison de l'album. Avant que l'on commence l'enregistrement, un très grand concert gratuit avait été prévu et organisé à Paris. C'était une idée plutôt novatrice dans la France de 1977. Comme je n'avais pas pu débuter immédiatement l'enregistrement, la fin du mixage était très proche de la date prévue pour la sortie, qui devait coïncider avec ce concert. L'usine de pressage fut capable de produire le disque en tout juste une semaine, un clin d'oeil comparé avec les délais habituels de fabrication. On termina le mixage aux studios Advision, puis je partis avec le groupe aux studios Abbey Road pour finaliser deux jeux de masters de production avec Chris Blair, après quoi j'emmenai tout le monde à travers la nuit pluvieuse vers l'aéroport de Heathrow, avec juste un battement de 20 minutes pour le vol d'Air France. La plaque d'immatriculation de la voiture de fonction que EMI m'avait laissée était ULC862R, et plusieurs personnes interprétèrent ceci comme un signe de stress pour l'estomac...
Le concert était complet, et l'album devint rapidement disque d'or. C'est comme ça que les choses doivent se passer au cinéma.
On
te donne trois balles
It's more fun to compete
-Mike Thorne
Traduction © 2001 Thierry Joubaud & La
Bertiliste
Retrouvez la version originale de cette page ici.
Et
visitez le site de Mike Thorne

(en Anglais mais VRAIMENT passionant !)