Eric VIALI


Eric, le plus discret des Coincoins, est le guitariste au son si délicat et si reconnaissable sur le Live, en particulier l'auteur du premier solo sur Cendrillon '98... Mais il s'était surtout illustré, quelques années auparavant, au sein de Blessed Virgin, brillante comète rock qui traversa le ciel musical français au milieu des eighties.

Il a quitté la BertiFamille, et même la musique semble-t-il, après la tournée 1996-1998, mais on espère toujours le revoir sur scène, et pourquoi pas auprès de Louis, dont il est un complément extrêmement intéressant. Pas facile pourtant de trouver sa place auprès d'un si grand guitariste...

Quelques semaines après l'ultime date de la tournée 1998, Guillaume a joué les bertireporters et a affronté le rude climat du grand Nord (de Paris...) pour nous ramener les confidences d'Eric.

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 Eric Viali sur la tournée '96 le 14 février 98 à Louviers -

photo Guillaume Henriet

Eric m'a reçu chez lui, à Cergy-Pontoise (impossible de me souvenir de la date, mais c'était courant février, et il neigeait sur la route). Je l'avais appelé quelques jours avant, pour lui parler de la Liste et de l'interview, qu'on avait pas eu le temps de faire à Wagram. Il m'a très gentiment proposé de venir dîner pour l'occasion. Comme il adore faire la cuisine, ce soir là, il m'avait préparé une des recettes qu'il préfère, le coq au vin. Et je peux vous dire que c'était quelques chose ! On a passé une excellente soirée, à discuter de tout : les MECCANO, un jeu de construction qu'il affectionne particulièrement, Bernard Werber, qu'il adore (je suis d'ailleurs reparti avec « Les Thanatonautes » sous le bras). Et en fin de soirée, on a fini par faire l'interview pour la Liste.
Merci encore Eric.


GH : Nom, prénom, qualités ?
EV : Eric VIALI. Guitariste, on va dire. Des fois guitariste.

GH : Comment tu es arrivé dans la musique ? De tes plus lointains souvenirs, qu' est ce qui t'as branché ?
EV : Les BEATLES, avec « Abbey Road », que j'écoutais 15 fois par jour, et de là, la guitare.

GH : Vers quel âge à peu près ?
EV : 13 ans. Et après, il n'y a plus eu que ça.

GH : Et avant il y avait pas trop de musique ou c'était un milieu dans lequel tu étais baigné ?
EV : Un peu baigné, parce que ma mère jouait du piano. Mon grand frère écoutait les BEATLES, DUTRONC, tous les trucs de 68/69. Moi j'avais donc 6 ou 7 ans, et j'entendais ça dans la chambre de mon grand frère. Et après c' est revenu, mais plus tard, vers 13/14 ans, « Abbey Road ».

GH : Et aussitôt tu t'es acheté une guitare et t'as commencé à jouer ?
EV : Ouais, je me suis fait offrir une guitare, une sèche, une classique au départ, un an après, une électrique, et puis là c'est parti. On a formé un groupe très rapidement, au C.E.S. d'abord et puis ensuite au lycée. C'est un groupe qui est devenu un peu sérieux, même beaucoup, c'était BLESSED VIRGINS.

GH : Ça a commencé quand t'avais 15 ans ?
EV : Ouais, c'est ça, 15 ans.

GH : C'est pas une petite histoire, ça a duré vachement longtemps ?
EV : Ça a duré une quinzaine d'années.

GH : Donc, ces mecs là, les mecs de BLESSED VIRGINS, vous étiez trois, vous étiez des potes de lycée .
EV : Ouais, on a fait un groupe, on a quitté le lycée en fin de 1ère pour faire ça, et puis on a fait un album. On a signé chez CBS, avec des maquettes, et puis on a fait un album, on l'a enregistré en Angleterre. On l'a pas tellement vendu, mais on avait un truc, c'est qu'on avait des fans un peu partout en France. Et chaque fois par contre c'était vraiment sérieux. C' étaient des inconditionnels et ça prenait forme, ça prenait tournure. Ça commençait à parler de nous, on a fait des maquettes pour un deuxième album et là donc, pareil, accepté par CBS, même bien accepté. Ils nous ont proposé de retourner en Angleterre pour enregistrer un deuxième album. Mais là, au moment de l'enregistrer, le batteur a dit stop, il a dit qu'il voulait faire du théâtre. Donc on s'est retrouvé un peu le cul dans l'eau, à deux. Comme c'était une histoire de potes, on avait pas vraiment envie de le remplacer tout de suite, enfin pour nous c'était pas possible de remplacer le batteur. Et puis donc on a attendu un an, je crois, ou deux. Et on a finalement décidé de repartir, on a trouvé un batteur, on a fait d'autres morceaux et on a fait un album live avec ce batteur, qui s'appelait Mathieu.

GH : Et ça c'était vers quelle époque ?
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Eric avec Louis 04/12/98 - Photo Thierry Joubaud

EV : 86.

GH : Donc c'était à l'époque de la fin de TELEPHONE ?

EV : Oui, oui.

GH : Tu les as croisés ?
EV : Oui, tout à fait, puisque avec Mathieu, on a fait trois premières parties de TELEPHONE [à Pau, Quimper et Nantes] à l'époque de.. je sais plus si c'est un Autre Monde. il me semble.

GH : 84/85 ?
EV : Oui c'est ça. Et puis on a notamment sympathisé avec Corine, qui nous a appelé par la suite pour aller jouer dans un film, où elle jouait la comédie, qui s'appelait « Moi vouloir Toi », avec Gérard Lanvin. On l'a fait, et c'était vachement bien à faire. On en a tiré un 45 tours, où il y a une chanson qui s'appelle « Je les regarde encore ».

GH : Et BLESSED VIRGINS s'est à nouveau arrêté.
EV : Oui, alors le deuxième batteur est parti lui aussi. Alors là, il y a eu une longue période de recherche, et de doutes aussi. On a essayé des machines. A l'époque, c'était le début de l'informatique, batterie surtout. On avait plusieurs machines, on avait le MPT 60 de chez AKAÏ qui était un séquenceur sampler adapté à la batterie et on avait aussi un S 900, c'était un sampler piloté par un ATARI avec le logiciel PRO 24 qui était assez performant. Il permettait de faire croire qu'il y avait un batteur, en se prenant quand même la tête pendant quelques heures sur un roulement. Et puis ça nous a pris la tête, on s'est rendu compte que le temps qu'on passait sur la machine, on le passait pas à jouer, ni à essayer de trouver des morceaux, donc on a laissé tomber cette histoire. Et puis on a trouvé que BLESSED VIRGINS, ça suffisait comme ça, le nom, l'histoire, le machin. Et toujours avec Frédéric, le chanteur et bassiste, on a reformé un groupe qui s'est appelé LE TRAIN, qui a eut une courte existence, mais qui nous a permis de rencontrer Christophe, qu'on a embauché tout de suite. On a travaillé ensemble, on a fait des tournées, des choses, des maquettes, qui n'ont pas été reçues par les maisons de disques. On va dire que l'ensemble de cette histoire s'est un peu essoufflé de lui-même. On trouvait pas la voie, on trouvait pas vraiment le truc où on était tous bien, donc ça marchait pas en groupe, et on a arrêté ça. Moi, de mon côté, je jouais mais je jouais plus trop, c'est-à-dire que je jouais de la guitare, mais pas dans un but de groupe, et là j'ai fait plein de régie, plein d'autres choses, du catering, parce que j'aime la cuisine, c'est ma deuxième passion, enfin, deuxième j'en sais rien . enfin, j'aime bien. Et puis un jour, j'ai reçu un coup de téléphone de Pti'Lo, qui m'a dit « il faudrait quand même que t'essaie avec Louis, vous êtes 2 gratteux. ».

GH : P'ti Lo que tu connaissais depuis longtemps ?

EV : Ah oui, oui. P'ti Lo avait été technicien avec nous, il organisait ses premiers concerts à Cergy où on a joué quand on était tout petits. En fait on se connaît depuis l'âge de 16/17 ans. Donc il m'a dit « il faut que t' essaie avec Louis, il cherche un guitariste ». Enfin, à l'époque, il savait pas s'il voulait un guitariste ou un clavier. Et puis moi, je suis arrivé vraiment les mains dans les poches, en disant « voilà, moi ça fait un moment que j'ai pas joué, je suis pas particulièrement fan en plus, j'ai jamais vraiment était particulièrement fan ». Voilà, je connaissais aucun morceau de Téléphone, aucun morceau de Louis, j'avais jamais joué que mes trucs. Il m'a dit « Ben écoute c'est pas grave, on va essayer », et puis hop c'est parti. Et puis on est parti ensemble à répéter, tourner sur la route. Ça a pris mon temps pendant, je sais pas deux ans, trois ans. Et puis voilà, on a fait un Live avec Louis, c'était vachement bien, ça résume bien la tournée. Et puis là, maintenant, grand break, projet à venir, on sait pas, et puis voilà, musicalement, voilà.

GH : Tu ne nous dévoiles pas tes projets à venir ?
EV : Ah non, j'ai rien à dévoiler. C'est que je sais pas (rires).

GH : Par rapport à la « famille Louis Bertignac », quelle est ta place ?

EV : Ma place dans la « famille » ? Déjà sur scène, euh .. Je sais pas, je suis guitariste, je joue avec Louis.

GH : Pour toi, qu'est-ce que tu apportes aux autres sur scène ? Quelle est ta place ?
EV : (long silence) C'est difficile à définir. Déjà, elle est assez discrète. Je pense que c'est un moteur pour Louis d'avoir un guitariste avec lui qui soit pas trop occupé par son ego au niveau musical, ce qui est mon cas, et en même temps qui est capable de prendre au sérieux un certain nombre de choses. Et je pense aussi que dans la « famille », l'équilibre se faisait du fait de mon âge intermédiaire entre celui de Cyril, Christophe, David et Louis. Parce qu'il y a quand même une grande différence à la fois au niveau de l'âge et de l'expérience dans la musique. Moi j'étais un espèce de traducteur à certains moments, et un peu en retrait, parce que ça, c'est ma nature, un peu philosophe, un peu calme. Par contre, je peux être très énervé, mais en général c'est plutôt calme.

GH : Pour laisser de côté la partie musicale, dans la vie de tournée, comment tu te situais par rapport aux autres, qu'est ce que tu apportais ?
EV : J'étais le « drôle de zèbre ». Celui qui y est sans y être, et qui en même temps y est plus que les autres à certains moments. D'ailleurs pas toujours au bon moment. C'est vachement difficile (long silence) . je sais pas. Je n'ai pas de réponse à cette question.

GH : T'as un côté vachement secret ?

EV : Oui, un peu, mais c'est comme à la guitare, je joue très instinctivement, c'est pour ça que je n'ai jamais pu donner de cours de guitare. Je fais partie d'une histoire de la même façon. Donc je n'ai pas énormément de recul pour dire, pour analyser quelle est ma place, quel est mon rôle. A partir du moment où on était ensemble, qu'on faisait le truc et que ça marchait, c'est que sans y réfléchir chacun avait sa place. A la limite dans ces cas là, il n'y a pas besoin d'y réfléchir. C'est comme une dictée, il est parfois important de ne pas se relire pour ne pas faire de faute. Quand on a un doute, il vaut mieux laisser le premier truc qu'on a écrit. On a plus de chances que se soit juste. Pour la tournée, c'est pareil, il faut suivre son instinct.


Eric et Louis, le 02/11/96 à Nantes - photo Olivier Ropers


GH : La tournée, ça te plais, c'est quelque chose que tu apprécies ?

EV : Euh .. non. En fait il y deux choses différentes. Il y a les 2 ou 3 heures de concert, et il y les 22 qui restent. Et les 22 heures qui restent, euh .. c'est pas très plaisant pour moi. Il faut partager sa vie avec les autres, leurs petit cliquetis intérieur, et quelquefois c'est un peu pénible. Il y a la fatigue, la route, la nourriture pas toujours nickel, et puis il y a l'éloignement de son milieu familial. Par contre, la musique dans cette équipe là, je n'ai rien à dire, j'ai appris plein de choses. On a vécu des choses très belles, apparemment puissantes et naturelles en même temps. On a travaillé d'une bonne façon, c'est-à-dire beaucoup plus le principe de fonctionnement que le détail. Et puis, pendant ces deux heures de scène, chacun dégage des choses, chacun se met à exprimer des choses, à dégager des trucs. Par contre les à-côtés, j'ai trouvé ça assez fastidieux, si je pouvais me téléporter dans la salle suivante aux balances ... Et encore.

GH : Moment difficile les balances ?
EV : Ouais, ouais, mais bon. Au début, j'ai été halluciné comme beaucoup de gens par la méthode de Louis, qui paraît aberrante, et en fait quand on voit de l'intérieur ... Moi au début j'étais carrément sidéré, j'ai trouvé que c' était fatiguant, mais en fait c'est comme un échauffement de sportif. Ca mettait dans un bain qui permettait au concert d'être ce qu'il était.

GH : Tu veux dire, que si la balance ne durait pas 3 ou 4 heures .
EV : Non je dis pas ça, parce que on a rarement essayé. Je pense que de toute façon c'était indispensable à Louis, et comme c'est Louis qui est le boss, ben y'avait pas le choix. Je parle en terme musical, pas en terme employeur / employé. Au début, j'ai dit que je trouvais ça long, que ça pompait de l'énergie. Ça c'est avéré vrai dans certains cas, mais pas tant que ça en fait. C'était de la dépense d'énergie qui permettait de mettre des rails sur lesquels on roulait pendant le concert. C'est une option qui est rare, mais qui marche avec Louis. Mais je pense que si il arrivait à modifier sa façon de penser les concerts, enfin . je sais pas trop comment expliquer, si il arrivait à concentrer toute cette énergie dans son instrument, mais pour ça il faudrait qu'il arrive à faire un peu plus confiance à des gens, qu'il arrive à garder un oeil sur ce qui se passe, mais pas les 2 yeux, les 2 mains, les 2 pieds. Il arriverait à aller beaucoup plus loin, s'il faisait un peu le ménage, mais ça, le ménage et Louis c'est pas possible (rires).

GH : Sur les 200 et quelques concerts de la tournée y en a-t-il un qui t'as marqué plus que les autres ?
EV : Non. J'ai l'impression qu'une tournée, c'est une grosse journée séparée par des petites siestes. De la même façon, j'ai l'impression que c'est un gros concert divisé en petites pauses. Une tournée c'est un concert. Voilà mon souvenir. En plus j'ai énormément de mal à juger de la réelle qualité musicale d'un truc si je ne le réécoute pas. J'ai vachement de mal à mémoriser, parce que la mémoire auditive est très courte. On peut avoir la mémoire d'impressions, mais les impressions ne sont pas toujours justes. Par contre la mémoire de ce qui s'est passé au niveau musical c'est pratiquement impossible.

GH : Comme sur la Liste il y a beaucoup de guitaristes, au niveau matériel, peux-tu nous résumer ce que tu utilises ?
EV : (Rires) Ah oui, ça va être rapide. Pour la guitare, c'est une GIBSON The Paul, à ne pas confondre avec la Les Paul. C'est beaucoup moins cher et beaucoup moins lourd... une pédale dont je ne me rappelle plus le nom et qui n'est pas à moi, et un ampli Vox qui est à Cyril. Sinon chez moi j'ai un MARSHALL, mais il ne servait pas sur la tournée.

GH : merci Eric !


Propos recueillis par Guillaume Henriet © La Bertiliste et Eric Viali, février 1999