Téléphone se raconte

Transcription intégrale du CD promotionnel du même nom...

   

Le CD Téléphone se raconte a été distribué par le service de presse de Virgin pour accompagner la promotion de la compilation "Rappels N°1". Allez voir les pages consacrées à la discographie de Louis pour en savoir (un peu) plus.

Ce CD se trouve facilement dans les conventions de disques d'occasion et de collection. Sa cote tourne aux environs de 60 FRF. Mais le moyen le plus simple et le moins cher (gratos !) de se le procurer aura été pour beaucoup par le biais d'un tree sur la Bertiliste ;-)))

Quoi qu'il en soit, même si vous avez raté le tree, que vous n'avez aucun magasin de collectors ni aucune convention dans votre région, voici, grâce à Olivier Noblat, un courageux Bertimaniac l'intégralité des interviews et commentaires de ce CD. Chapeau bas, c'était un sacré boulot...

 

 1. Le tout premier concert.
 2. Avant Téléphone...
 3. Les tout débuts...
 4. Le premier album.
 5. Crache ton venin.
 6. Premiers pas à l'étranger.
 7. Au cœur de la nuit.
 8. Dure Limite.
 9. Les Stones...
10. et ensuite ?...

 

                         
                       
 1. Le tout premier concert 
  Le 12 novembre 1976, un certain Jimmy Carter, planteur de cacahuètes professionnel, se retrouve propulsé par les électeurs américains président des Etats-Unis. En France, rien à signaler, si ce n'est que le rock français ne va pas fort, mais personne n'en fait un fromage. A Paris, un curieux point d'exclamation s'affiche sur les murs, avec la mention "rock". Pour annoncer un petit concert de rock comme les autres ? Pas du tout. C'est avec ce concert au centre américain du boulevard Raspail que débute, un peu par hasard et par chance, l'histoire du plus grand groupe français de rock, Téléphone.      
Corine

On a répété pendant dix jours, on n'avait jamais joué ensemble avant, mais Jean-Louis connaissait bien Louis, ils avaient souvent joué ensemble, Jean-Louis connaissait bien Richard, ils avaient joué ensemble dans un groupe, et moi j'avais joué un petit peu avec Louis.

Et ce qui s'était passé, c'est que le groupe de Jean-Louis et Richard, ça avait merdé, mais ils avaient toujours cette salle du centre américain réservée parce que ça se réserve très longtemps à l'avance, et ils avaient une salle et plus de groupe !

Alors comme il connaissait bien Louis et qu'il savait qu'il pouvait vite se coller à quelque chose, il l'a appelé en lui disant "bon voilà, on a une salle dans dix jours pour faire un concert, et j'ai pas de groupe, alors il faut absolument qu'on le fasse, c'est trop con, c'est trop dur à avoir, maintenant qu'on l'a, on le fait", et il a dit "bon, Richard jouera de la batterie, et on n'a pas de bassiste", et Louis a dit "ouais, mais Corine elle se démerde bien, elle commence à toucher un peu, on peut essayer avec Corine".

Alors à défaut d'autre chose, Jean-Louis a dit oui, et puis on est allé pendant dix jours dans la cave des parents de Richard, ils avaient une cave en-dessous de leur appart, et...

 
Louis

On s'est retrouvés dans la cave en bas de chez Richard.

Jean-Louis a commencé à proposer ses morceaux, que je connaissais déjà parce que je l'avais déjà aidé à faire des maquettes, et on avait déjà fait quelques vagues trucs sur scène.

Personnellement, je me suis occupé des arrangements, comme toujours, genre "ouais ça serait bien qu'il sonne comme ça mais qu'on enlève un peu cette couleur, qu'on lui donne plutôt celle-là" et histoire de faire un show qui soit pas chiant, que ça déboule, qu'il y ait un petit moment où ça descend pour les sentiments et que ça reparte à la fin, on a décidé un peu du spectacle qu'on allait faire.

Pas du tout les dégaines ni rien, parce qu'on ne connaissait pas du tout, je savais pas du tout que Jean-Louis allait être sexy et tout ça...

On a répété les morceaux, j'ai dit "bon j'ai fait ci et ça, j'ai ce morceau ce morceau-ci, on pourrait faire une ou deux reprises, on n'a qu'à faire ça, faire ci", ça c'était surtout Jean-Louis et moi qui nous occupions de ça.

   
Jean-Louis   Ben moi je me souviens comment on l'a préparé, les autres ont dû te raconter ça, toutes les affiches qu'on collait, l'énergie qu'il y avait.  
Richard

On n'avait pas de nom...

On avait collé des affiches de notre ancien groupe qui s'appelait Semolina - avec Jean-Louis on avait un groupe - alors on les collait à l'envers et puis on mettait un point d'exclamation et puis on marquait "concert rock", on bombait de partout avec tous les potes...

   
Louis  

On avait marqué "rock, cinq balles, ça va péter" ou des trucs comme ça...

On avait polycopié à l'usine où travaillait Olive, en douce comme ça, on avait un millier de copies qu'on distribuait dans les cafés le soir, alors chacun à sa manière, chacun faisait la pub qu'il pouvait...

Alors moi j'aimais bien aller haranguer les mecs avec Corine, leur dire "vous seriez vraiment cons de rater ça"...

 
Corine

Et toutes les nuits pendant dix jours, on a été draguer dans Paris quoi...

Tant et si bien qu'on s'est retrouvés avec 500 personnes au centre américain, ce qui était incroyable pour un groupe qui n'existait pas, qui n'avait pas de nom et dont personne n'avait jamais entendu parler.

   
Richard  

Ca tombait au moment des élections de Carter, je crois. Et on avait fait pour qu'ils annoncent...

Ah ouais on avait fait un plan super pour qu'ils annoncent à la télé, aux actualités régionales, on leur avait téléphoné, on leur avait dit "voilà, pour l'élection de Carter, il y a un grand concert de rock au centre américain", et ils avaient passé l'annonce aux actualités régionales, on était vachement content !

 
Jean-Louis

Ce dont je me souviens particulièrement, je m'en souviendrai longtemps, c'est quand on a fait notre petite balance, on avait une sono pourrie - les gars qui faisaient la sono, c'étaient des gens qui nous employaient pour faire des rallyes, dans le 16e on jouait des trucs des Stones ou des Who dans les soirées, et on était bien payés, on arrivait à être payés 5000 F à l'époque pour trois personnes - et on avait cette sono-là, puis on a fait notre petite balance, et puis on est allé au café à côté, comme on faisait souvent à l'époque, boire un petit remontant ou deux, peut-être fumer un petit pétard même, enfin...

Puis alors voilà on est sorti du café, et je me souviens c'était la pénombre, et on sort du café, et je dis aux autres "il y avait pas... il y a un mur là dans la rue ?", alors on regarde bien, mais c'était assez loin, on voyait mal, on approche, on approche, je dis "non mais il y avait pas de mur tout à l'heure" et tout ça...

Et jusqu'au moment où on s'aperçoit que c'était une queue de gens qui attendaient, mais on ne s'y attendait pas du tout nous à ce qu'il y ait... ça faisait que... effectivement un petit mur traversait le trottoir et dans la pénombre on avait du mal à voir... alors ça c'était vraiment un grand moment parce qu'on s'approchait en disant "c'est quand même pas des gens qui attendent" et tout ça...

C'était bien parce que, je sais pas combien il y a de personnes, j'ai tendance à grossir avec le temps, mais il devait bien y avoir 3-400 personnes.

   
Richard  

Je crois qu'il y avait à peu près 400 ou 500 personnes, il y avait bien la moitié de gens qu'on connaissait, et l'autre moitié qui est venue parce qu'on avait fait une telle pub aussi, je vais te dire, c'était...

Je vais te dire, je te raconte pas le nombre de potes qu'on a, je vais te dire, on regroupait à nous cinq, ben tu vois à nous tous là, on regroupait je sais pas combien de lycées.

 
Corine

Et il y avait 500 mecs dont pas mal de potes, et ça a été un concert magique.

D'ailleurs quand je réécoute la bande, je trouve que ça a pas du tout vieilli, et que c'est vraiment bon, c'est un des meilleurs concerts qu'on a jamais faits, je crois, c'est très très bon.

   
Jean-Louis  

C'était fort comme concert, et puis il y avait beaucoup d'amis bien sûr, et c'est ce jour-là que François est devenu manager...

Alors parce que François c'était un peu le fan numéro un du groupe, et c'était le seul qui était dans les loges, et pendant le concert - bon ça je l'ai su qu'après aussi - pendant le concert il y a quelqu'un qui est venu et qui a dit "il est bien ce groupe, comment je peux les joindre" et tout, alors François disait "ben je sais pas, il faudrait demander mais ils sont sur scène là, faudrait attendre qu'ils aient fini de jouer", et en fait il a donné, c'est lui qui a donné le numéro de téléphone avec son nom...

Et le gars l'a rappelé, et c'est comme ça qu'il est devenu manager, simplement comme ça, et ça a pris deux ans et demi pour qu'il admette qu'on l'appelle manager de temps en temps, enfin qu'on dise "toi t'es le manager", alors il disait toujours "non non je suis le copain" et machin...

 
       
 2. Avant Téléphone... 
  Flashback! Avant de trouver la bonne tonalité ensemble, les Téléphone ont chacun un passé. Itinéraire d'une rencontre à quatre temps, les Téléphone racontent, les Téléphone se racontent, et d'abord Louis.    
Louis  

J'avais des groupes de temps en temps, je jouais avec Jean-Louis, Lionel, plein de copains...

Un jour je suis allé voir une répét d'Higelin et il s'engueulait avec son guitariste, et un quart d'heure après j'étais en train de faire le boeuf avec l'autre guitariste et puis Higelin a flashé, il m'a dit "tu veux jouer ?" — "bien sûr".

J'ai bondi sur l'occasion mais pas comme un gamin qui dit "merci monsieur" mais je me disais, quand même, le rock ça me connaît parce que même à 18 ans, quand même j'en jouais depuis 5-6 ans, puis je connaissais tout...

Pour moi c'était un peu requin les mecs qui jouaient avec Higelin, ils avaient de la technique mais ils avaient pas les idées de base, les riffs de base, alors j'ai foutu des riffs de base sur sa musique, puis 3 jours après on faisait l'Olympia, et il commençait à me dire "ça y est on va les tuer"...

Le premier que j'ai rencontré, c'était Jean-Louis. On me parlait de lui dans mon école où je faisais des concerts, on me disait "il y a un mec à Neuilly, à Pasteur quoi, il est bon aussi, tu devrais le rencontrer", et puis un jour je l'ai rencontré, on est allé chez lui, on a joué toute la journée, c'était impeccable et puis on... je dis pas qu'on se quittait pas mais on était très souvent ensemble depuis ce jour-là...

 
Jean-Louis

On jouait soit chez ce copain qui s'appelait Lionel mais plus souvent Louis avait une 4L fourgonnette, alors on partait avec la 4L fourgonnette puis on s'arrêtait au Trocadéro ou à la Concorde, et on se mettait derrière avec 3 guitares sèches et on jouait jusqu'à 4-5 heures du matin dans la 4L fourgonnette, ça faisait un petit local de répétition itinérant.

On fumait là-dedans, c'était tout enfumé, des fois les flics ouvraient, ils nous trouvaient tous là, comme des rats timoris en train de jouer tu sais avec les yeux tout rouges...

Et alors là c'était vraiment l'apprentissage, avec Louis on jouait du 8 heures par jour ensemble quoi... de la guitare uniquement, enfin avec des petits, des riffs comme ça...

   
Louis  

Le deuxième que j'ai rencontré, je crois que c'est Corine.

J'allais acheter de la... enfin j'allais voir des potes et Corine était là, et puis je lui ai dit "demain on joue dans cette maison, si tu veux tu peux venir nous regarder"...

Elle venait souvent nous voir, j'étais la plupart du temps avec Jean-Louis d'ailleurs.

Richard, je l'ai rencontré dans une soirée, il y a un copain qui m'a dit "viens à une soirée, tu vas jouer avec Vince Taylor", alors j'y suis allé, j'ai joué avec Vince Taylor et le batteur qui était là-bas me plaisait bien, c'était Ritchie...

 
Richard

Ouais, j'habitais avec Vince Taylor, et tu sais lui il a un blocage sur les communistes, remarque il y a pas que lui, et il est complètement barge, je crois qu'il a dû prendre un acide quelque part, et moi j'ai un nom russe, Kolinka, il avait déjà entendu mon nom quelque part mais il faisait "bizarre"...

Puis un jour il a fouillé dans les papiers, il a vu mon nom et puis il a commencé à me dire "mais t'es communiste toi, t'es communiste !" alors je disais "mais non, c'est pas parce que j'ai un nom russe que je suis communiste !" et puis des fois, tu sais il arrivait, il était à poil et puis il rentrait dans les chambres avec un marteau, il frappait partout, il disait "je suis sûr qu'il y a des communistes planqués dans les murs", et puis il frappait partout pour voir s'il n'y avait pas un mur creux...

C'était spécial !

   
Louis   Higelin, bon un jour je lui ai dit "ça va", il m'a dit "OK, fais ta vie, fais ton truc t'as raison" et bon, j'ai habité chez Corine, dans une maison où elle habitait, elle a daigné m'inviter, j'ai réussi à sortir avec, ce que j'attendais depuis 1 ou 2 ans...  
Corine

A cette époque-là donc, tout le monde était assez jeune, on n'avait pas de blé...

Bon nous on avait la chance d'avoir réussi à se grouper, à avoir suffisamment de blé pour se louer une grande baraque avec un grand jardin, avec une cave, et quand tu es un groupe à Paris tout le monde le sait, tu sais pas où jouer, tu te fais engueuler par les voisins, t'as des problèmes avec tout le monde, et les endroits où tu peux aller t'éclater la nuit sont rares.

Alors quand il y a une baraque comme ça, le bruit circule vite, le bouche-à-oreille tu vois, et tout le monde rapplique parce que c'est bien quoi !

   
Jean-Louis  

Ouais non ça j'y étais tous les soirs après aussi... Tous les jours quoi, c'était le rendez-vous du soir, on jouait tous les jours.

La maison de Saint-Cloud, il y avait beaucoup de jazz-rockeux aussi, il y avait du jazz-rock, nous on était les plus rock, mais il fallait qu'on s'adapte à faire des solos, c'est là qu'on à vraiment appris à jouer.

 
Louis

Je me la coulais douce là-bas !

Il y avait plein de gens qui passaient, puis j'avais réussi à m'acheter un Revox avec le blé du disque d'Higelin, et j'enregistrais des trucs...

   
Corine  

Quand ils jouaient comme ça dans la cave, moi je descendais et puis je m'asseyais à la batterie et puis je tapais sur la batterie, et puis j'aimais ça !

Et donc les bassistes, ils faisaient chier tous les musiciens comme Louis, spécialement Louis je me rappelle qui luttait pour le rock tu vois, alors lui ça a été un militant acharné du rock, Louis, et il trouvait plus de bassiste qui lui plaisait, parce que tous les bassistes ils se prenaient pour Stanley Clarke, ils en foutaient partout, et la musique était pas posée, tu vois la musique était pas assise, et les guitaristes ils pouvaient plus s'éclater.

Alors bon comme il y avait des bons batteurs mais pas de bons bassistes, je me suis un peu orientée vers la basse mais plutôt par raison comme ça de circonstance.

Louis a arrêté de jouer avec Higelin, et Semolina ça s'est arrêté. Bon alors Jean-Louis et Richard ils ont glandé un peu chacun de leur côté, je crois Jean-Louis est parti jouer avec Valérie Lagrange un moment, des gens comme ça...

Et puis Louis quand il était avec Higelin, il avait connu Fabienne de Shakin' Street qui l'appelle un jour et qui lui dit "je sais que tu joues plus avec Higelin, moi j'ai envie de faire un groupe, est-ce que tu peux venir m'aider ?"

 
Louis Alors je suis allé répéter 2-3 fois avec eux, c'était sympa comme j'avais rien d'autre à foutre, on a dit "bon on fait un groupe, on sait pas combien de temps ça durera, on essaye" et puis comme il y avait pas de bassiste, et que Corine aimait bien venir aux répéts, un jour on lui a dit "bon ben essaye"...    
Corine  

Et moi j'étais avec Louis quoi, c'était mon copain alors je l'ai accompagné parce que j'avais rien d'autre à foutre, j'avais déjà arrêté de danser parce que je savais que c'était râpé, que ça me plaisait plus, que de toute façon physiquement je tenais pas le coup parce que tu peux pas danser 8 heures par jour et dormir 1 heure par nuit, c'est pas possible, et on est arrivé et le bassiste il était pas là.

Alors Louis m'a dit "ben tiens puisqu'il n'y a pas de bassiste, prends la basse", et puis, le lendemain, pareil, puis le surlendemain pareil, tant et si bien que je suis devenue la bassiste de Shakin' Street.

 
Jean-Louis Il y a Richard aussi, c'était un travailleur quand on l'a rencontré, il voulait vraiment quoi, vraiment Richard a une force...    
Richard   Pendant au moins un an j'ai joué sur des cartons, sur des barils de lessive parce que j'avais pas les moyens de m'acheter une batterie, je jouais sur des cartons, il y a un tambourin qui me servait de cymbale...  
Jean-Louis

Puis il travaillait, il travaillait, dans une cave sordide en-dessous de chez lui il travaillait, avec un bassiste ils jouaient depuis l'âge de 10 ans ensemble, basse batterie, et des fois même sans guitariste, t'arrivais, à la guitare t'avais du mal à te placer parce que à deux c'était une montagne, ils jouaient mais c'était presque comme des jumeaux quoi.

Avec ce bassiste et avec Richard, on a enregistré un 45 tours, j'ai joué 2 ans avec ce groupe.

   
Richard   Ca a duré 4 ans, je dirais 4-5 ans, ah ouais j'ai donné toute ma vie !  
Jean-Louis Puis avec Richard, avec sa pêche qu'il avait et tout on avait nos monobandes sous le bras et alors là avec lui on a été frapper à toutes les portes des maisons de disques...    
Richard   Là on essayait vachement d'aller voir tout le monde, toutes les maisons de disques, et toutes les maisons de disques nous disaient "mais vous chantez en français, ça marchera jamais, il faut chanter en anglais", nous on leur disait "mais putain vous nous faites chier avec votre anglais, on est français, on chante en français et puis c'est tout !"  
 
 3. Les tout débuts... 
  Voilà, c'est fait ! Les pièces du puzzle sont assemblées, le groupe est formé pour ce tout premier concert au centre américain, un concert tellement mémorable, tellement fort que Corine, Jean-Louis, Louis et Richard décident de continuer leur route ensemble. Reste une formalité à liquider : trouver un nom à ce groupe.    
Richard  

On se réunissait, et puis on avait des listes, des noms, alors ça allait de tout des noms bidons à des super noms, n'importe quoi quoi... on ouvrait tous les canards tu sais, on était là bon au hasard hop je regarde, bon "chiotte" non c'est pas possible, hop on refermait, et puis un jour Jean-Louis m'appelle, et puis il me dit "qu'est-ce que tu penses de téléphone ?" parce qu'au départ, on pensait aussi télévision, mais il y avait eu un groupe qui s'appelait télévision donc on pouvait pas le prendre, c'était dommage.

Moi je réfléchis "téléphone, pourquoi pas" et puis il me dit "mais si", parce qu'en plus téléphone ça avait l'avantage d'être compris un peu partout tu vois, téléphone c'est international, alors ça tombait bien.

En plus c'est un moyen de communication, enfin tu vois l'image !

 
  Les explications arrivent après le choix du nom !    
Richard  

Voilà tu vois ! alors ça c'est la spécialité à Jean-Louis, tu verras il t'expliquera vachement bien, il arrivera à te faire gober n'importe quoi...

Alors il me dit "j'ai appelé les deux autres, ça leur plaît bien", j'ai dit "ben ouais, moi aussi je trouve ça bien", puis voilà !

 
Corine

Tu veux faire quelque chose, tu te remues le cul évidemment, et puis c'est facile, c'est facile je veux dire, t'as deux amplis, trois guitares, une caisse claire et une grosse caisse, t'as envie de jouer, tu joues, si t'as vraiment envie tu joues.

Tu sais le premier concert qu'on a fait, on avait une 4L camionnette, on avait le matos derrière, il y en avait deux assis sur les amplis, deux assis devant, et puis voilà !

Et on a tourné comme ça pendant un an et demi, il y avait aucune structure pour nous accueillir, mais à la fois on avait de la chance parce qu'on était les seuls à le faire, et les structures on les créait au fur et à mesure qu'on arrivait quelque part.

Bon, moi je me souviens du premier concert où on a gagné de l'argent, c'était à Hyères, à la MJC de Hyères, c'était après au moins un an, et on a gagné 30 francs, et on se l'est partagé en six, et on était super contents !

   
       
 4. Le premier album... 
Corine

Les maisons de disques, on n'est pas allé les chercher en se faisant jeter, c'est eux qui sont venus nous chercher.

Parce qu'on a tourné pendant un an et demi en se démerdant, et tant et si bien qu'il y a eu une rumeur publique qui s'est créée où dans le milieu ça a commencé à circuler, à dire "dis donc, t'as pas entendu parler de ce petit groupe là, Téléphone, ça a l'air super" et tout... et c'est les maisons de disques qui nous ont appelés, et on les a fait marcher pendant deux mois je peux te dire, on les a fait marcher, on était écroulés de rire.

   
Louis  

Bon alors tout le monde a rappliqué, toutes les maisons de disques, François qui arrivait "tiens aujourd'hui il y a CBS, Philips, ce soir on dîne avec Vogue, on dîne avec Pathé"...

On allait au dîner, on était dans les grands restaus...

 
Corine

On s'est fait des repas mémorables, mémorables avec des gros cons avec leur cigare, tu vois, à qui on faisait fumer des pétards, après ils étaient malades, ils allaient gerber aux chiottes et tout...

On s'est fait des trucs, des souvenirs mais on crève de rire à chaque fois qu'on en parle !

   
Richard  

Nous on s'éclatait, on se bourrait la gueule tu sais, enfin on n'avait pas l'habitude, alors on était là "ouah"...

Un mec chez Philips, il nous reçoit dans le bureau, il avait un fauteuil qui se balançait, tu sais, le dossier qui se renversait un peu, et le mec il s'est cassé la gueule !

Et nous on était pliés de rire dans le bureau, il était con ce mec !

 
Corine

En fait, on a signé chez Pathé uniquement parce que c'était la seule maison de disques où on a rencontré un mec avec qui on arrivait à communiquer, et qui s'appelait Constantin.

Et sinon tous nous offraient à peu près la même chose puisqu'ils voulaient tous nous signer, alors on leur disait "ouais mais machin, CBS ils donnent ça", et les mecs ils rappelaient le lendemain, ils disaient "ah ben ça y est, c'est d'accord pour tant", et en fait ils nous offraient tous la même chose et ça nous intéressait pas trop de se faire produire par des mecs sympas, qui étaient nos potes et qui allaient essayer de lancer une petite maison de production et tu vois, la galère qui continue, ça nous intéressait pas trop, et comme on avait une position de force, on s'est dit "autant faire cracher les gros tout de suite, puisqu'on peut faire cracher les gros, on fait cracher les gros".

   
Jean-Louis   Quand le premier est sorti, on était tout neufs quoi, alors on s'angoissait quand même à sa sortie.  
Corine

La maison de disques, Pathé, ils nous avaient dit, on va commencer à toucher du blé à partir de quarante mille, leur grand espoir, c'était d'en vendre quarante mille parce qu'à partir de quarante mille, ils commençaient à toucher du blé eux, et nous on commençait à toucher du blé aussi puisque l'avance était remboursée.

Et on en a vendu je sais plus combien là, cent mille en trois fois je sais pas combien, tout le monde était surpris !

   
Richard  

Ah ouais, on était fou de joie !

Tu sais, et puis quand tu passes à la radio, tu sais, t'attends "ouais écoute c'est nous c'est nous c'est nous !"

On téléphonait pour se faire monter au hit-parade, on prenait des voix différentes parce qu'au bout d'un moment , tu sais les mecs ils nous reconnaissaient, tu sais ils disaient "encore vous !" alors on prenait des voix de gonzesses, des voix de mecs avec des accents, sans accent enfin...

 
  Ah ouais ? Toute la bande à Téléphone a fait ça ?    
Richard   Ah, tu m'étonnes !  
  Donc, t'es en train de prouver que les hit-parades sont truqués ?    
Richard  

Euh... je ne prendrai pas position là-dessus...

hmm, enfin... c'est un petit peu truqué, non il faut laisser rêver les gens, non non c'est pas truqué, absolument pas, tu déconnes !

 
       
 5. Crache ton venin. 
  2 avril 1979, Téléphone publie son deuxième album, "Crache ton venin", avec des titres comme "Fait divers", "Un peu de ton amour" et surtout "La bombe humaine" qui s'impose comme un classique notoire.    
Jean-Louis  

"La bombe humaine", c'était une nouvelle, en prose complètement, une petite nouvelle, je voulais faire une petite nouvelle un peu d'anticipation, de science-fiction, et que j'ai réécrite, réécrite, après il y a une espèce de musique qui s'est greffée dessus quoi, qui m'évoquait quelque chose, je me suis dit que ça irait bien avec "La bombe humaine", puis il y a ce mot qui est apparu, qui est ressorti du texte, sans recopier à chaque fois si tu veux, je réécrivais, je réécrivais, et ça a fait plein d'états, et de 50 pages ça s'est transformé en 10 lignes, pour coller à la musique et tout ça.

Et c'est marrant parce que... un an après j'ai retrouvé l'original, le disque était enregistré et tout, et je me suis aperçu que dans les dix lignes, il y avait rien qui manquait par rapport aux 50 pages, que toutes les idées dans les dix lignes, des 50 pages étaient contenues, puis une chanson je crois que c'est un peu comme un poème, il y a un moment t'as l'impression que c'est fini, que ça te plaît, mais des fois ça te dépasse un peu, tu sais pas pourquoi ça te plaît, puis il y a un endroit où t'as pas très bien saisi le sens toi-même, tu trouves que c'est bien.

 
  La pochette de l'album "Crache ton venin", réalisée par Jean-Baptiste Mondino, fait jaser un tantinet. Normal, sous un cache en plastique, gentiment perfide, chaque Téléphone se révèle dans le plus simple appareil.    
Corine  

En fait on voulait se mettre à poil, ça marchait qu'avec le gadget en plastique, c'est-à-dire la pochette originale, c'était un dessus en plastique transparent avec juste nos fringues en noir imprimées sur le plastique, et quand tu tirais la pochette intérieure, il te restait dans une main un plastique transparent avec des habits, et dans l'autre main des gens à poil.

Et donc, c'était une manière de dire que sur les disques, un peu, on se déshabillait, que dans notre musique, dans ce qu'on faisait, on se déshabille, ce qui est vrai !

En fait, s'ils ont pas de bite sur la pochette, c'est uniquement parce que c'était horrible, c'était très très laid ! Au départ, on voulait simplement dire voilà, on se déshabille. Ils étaient tellement laids que bon, on leur a fait croiser les jambes !

 
Louis Alors on a rangé les queues, on les a mises sous les... entre les cuisses.    
Richard  

Oh mais on s'est marré tu sais, on les avait faits avec Mondino, tu vois lui s'était foutu à poil aussi pour les faire, on se fendait la gueule.

Et c'est marrant parce que aux Etats-Unis et un peu partout, ça a vachement choqué, cette pochette.

Ouais c'est dingue... en fait on est vachement avancés en France à ce niveau-là, niveau cul je crois que...

 
Corine Entre parenthèses, on a fait un Polaroid de derrière... et... c'est bien hein!    
       
 6. Premiers pas à l'étranger. 
  En France, Téléphone aligne disque d'or et tournée triomphale, ce qui n'empêche nullement ses membres de poursuivre leur route comme ils l'entendent, comme ils en ont envie. Justement, pour répondre à une furieuse envie, leur route traverse les frontières et les conduit en vrac en Italie, un peu partout en Europe, aux Etats-Unis et en Angleterre où Téléphone se produit au fameux festival de Reading.    
Richard  

Ha là là, l'enfer!

Tu sais, on est arrivés sur scène, les mecs ils disent "Bon maintenant de Paris, voici le groupe Téléphone".

On arrive, on n'avait même pas joué, tout d'un coup avalanche de canettes, mais vraiment pluie de canettes tu vois, et les mecs qui sortent des drapeaux anglais, qui les agitent, c'était la guerre carrément, le délire total.

Et il y avait des Français qui étaient devant, et grosse bagarre tu vois, les Français qui balançaient des canettes sur les Anglais, les Anglais des canettes... enfin tu vois c'était la guerre de cent ans qui recommençait !

Ils pensaient qu'on allait se tirer, mais on a tenu le coup, et à la fin ils nous ont rappelés tu vois, là on a gagné une grande victoire.

Ils sont hyper racistes les Anglais, je vais te dire, c'est peut-être le public le plus dur, il y a quand même que là-bas que ça peut arriver tu vois, je vais te dire, t'as même pas joué donc ils peuvent même pas te dire si c'est bien ou si c'est mal, t'as même pas encore joué, les mecs ils te sortent les drapeaux anglais et ils te balancent des canettes, des pierres sur la gueule et tout ça...

Alors on a joué à mort, alors là je vais te dire on était méchants, et puis au bout de quatre morceaux ça s'est arrêté, même pas non deux ou trois morceaux ça s'est arrêté, après ils ont commencé à applaudir, de plus en plus applaudir, et on était le seul groupe à être rappelé ce jour-là tu vois, alors là j'étais très fier.

Parce que au début, je pensais pas qu'on allait finir le concert tu vois, parce que quand même Reading il y avait genre 20.000 personnes, quand t'as 19.000 personnes qui te balancent des canettes sur la gueule, t'imagines ce que ça fait!

 
       
 7. Au coeur de la nuit. 
  Le 20 octobre 1980, Téléphone publie son troisième album, "Au coeur de la nuit", concocté à Berlin, à Paris et à New-York.    
Richard  

Au départ, on voulait l'enregistrer à Berlin parce que Berlin, moi c'est une ville que j'adore, c'est très laid mais c'est un endroit incroyable, c'est une île sur Terre quoi, c'est ça qui est dingue, c'est complètement entouré...

On avait trouvé un studio et on arrive dans le studio et... ronflement... Parce que tu sais ils jouent sur des vieux amplis à lampes et des vieilles guitares...

 
  Qui "ils" ?    
Richard  

Jean-Louis, Corine et Louis, les trois de Paris, et tu vois là-bas il y a plein d'ondes, je sais pas ils ont des trucs militaires, des grandes tours avec plein d'antennes pour recevoir plein de trucs, et ça faisait un ronflement, ce qui ne se passe pas avec les amplis à transistors et tout ça tu vois...

Alors hop, on prend tout le matos, on arrive à Paris, on fait les bases à Paris, et on va à New-York parce que on avait envie d'aller à New-York, on trouvait ça bien quoi, c'était la maison de disques qui payait, on en profitait !

On arrive à New-York, justement dans le studio où Lennon a enregistré son dernier disque, il était juste au-dessus de nous, on entendait tout quoi.

 
  Vous l'avez rencontré ?    
Richard  

Non malheureusement on l'a pas croisé, on a croisé sa Cadillac, son garde du corps, ses bandes aussi, ses morceaux on les écoutait tous, il en avait enregistré plein, il y en a certainement qui vont sortir parce que... il en avait enregistré au moins 40 morceaux, je sais pas...

Et là pareil, c'était un immeuble qui était, un studio qui était en hauteur, et pareil on recevait toutes les fréquences de partout tu vois, les radios, avec les tours je sais pas ce que ça fait en fait... J'y connais rien, mais disons que ça faisait plein d'ondes et tout...

Et pareil, on a tout essayé, et puis bon ça a pas marché, et puis on est allés à l'Electric Ladyland, et là c'était un studio en sous-sol, et alors là ça a marché !

 
  "Au coeur de la nuit", la chanson, ça a été écrit pour qui ?    
Jean-Louis  

Eh ben, j'avais un ami, c'était un gars qui était orphelin, qui avait une très belle gueule, qui parlait toujours tout doucement...

Il s'appelait Jeff, et dans la vie il se débrouillait toujours bien, avec le sourire et partout où il allait, il avait.. les gens lui souriaient et il avait toujours quelqu'un de très speed avec lui.

C'était un peu un gourou de la vie ce gars-là quoi, c'était un grand ami, il m'a éclairé aussi sur plein de choses, on était pas mal de copains à aller le voir, il était jeune hein, il avait peut-être mon âge.

C'est lui aussi qui m'a donné la force de faire ça sûrement, qui m'a encouragé tout le temps, qui m'a ouvert les horizons dans ma tête, et puis pour te citer quelques exemples, rien de matériel ne pouvait l'atteindre dans la vie, alors il accumulait, il avait une chaîne, des disques, un moment, la plus belle de nous tous... On allait chez lui écouter de la musique tout ça... Moi il me donnait tout.

Un jour on lui a tout braqué, j'étais là d'ailleurs, c'était des gars avec des couteaux quoi, on avait les couteaux sous la gorge, il y avait un énorme serpent aussi et tout ça, c'était marrant, très gentil quoi... Il a pris tout ça avec le sourire et quand les gars sont sortis, très rapidement il a dit avec sa petite voix, "mais vous oubliez le serpent, vous pouvez le prendre aussi, il vaut de l'argent"... Puis alors les gars, comme c'était des loubards et tout, ils ont dit "non non, pas le serpent ! ta gueule, ta gueule !" et tout ça...

Et puis un jour, il a senti que quelque chose allait pas, que ça sentait le roussi, alors il est parti en Inde, à Goa, et un jour mais on a mis longtemps à y croire, on a appris qu'il s'était noyé là-bas.

 
       
 8. Dure Limite. 
  En octobre 1981, les Téléphone sont à Londres où ils donnent un concert en première partie des Ramones. Deux mois plus tard, ils signent un nouveau contrat d'enregistrement avec Virgin, et trois mois plus tard, Téléphone commence l'enregistrement de son quatrième album, "Dure limite".    
Jean-Louis  

Ca a été long "Dure limite", ça a été long, alors ça a été peut-être un peu épuisant physiquement, puis ça a été beaucoup travaillé quoi, c'était un nouveau style, une nouvelle manière de faire.

L'accouchement avant l'enregistrement, il a été un peu dur aussi. "Dure limite" quoi cette chanson par exemple, elle était dure à écrire, j'aimais pas tellement y toucher... Ca tenait à coeur tu vois de le dire, et puis je savais pas comment le dire et puis elle me faisait mal un peu, cette chanson.

C'était un morceau qui est passé par plein d'autres idées, des idées que j'ai éliminées, et je me souviens la première idée, elle a été écrite devant le mur de Berlin, le truc s'appelle "le mur de Berlin". Ca commence "le mur de Berlin n'a pas, n'a pas de fin", puis après ça dit d'autres choses, il y a un petit dessin à côté avec un militaire allemand, c'est dans mon petit carnet ça, je l'ai encore !

Tu vois, il y avait un moment, il fallait que je finisse et j'avais pas tellement envie de finir, puis après c'est revenu, je crois que j'étais fatigué, je crois que j'avais besoin de vacances, je suis parti m'isoler quelque part en forêt, dans un hôtel pourri pour écrire quoi, parce que j'étais sollicité par beaucoup de gens et j'étais trop dispersé.

Je noircis du papier beaucoup, j'écris tout le temps toute l'année, pas que des chansons, j'écris d'autres choses, souvent des choses courtes, ça m'arrive de picorer dans ce que j'écris, il y a des idées qui me frappent et je me retrouve avec une accumulation de chansons plus ou moins, si tu veux il y a une part de hasard, de destin et de la vie que je mène quoi, si je mène une vie con j'ai des idées con, et si je mène une vie, si je rencontre des gens intéressants tout ça, ça peut être quelqu'un qui gueule un truc dans la rue, je sais pas par exemple tu vois au café à côté là il y a un truc...

Je peux te confier, peut-être quelqu'un va me piquer l'idée... est-ce que je le confie... au café il y a un petit écriteau, "vous n'êtes pas responsable de la tête que vous avez mais vous êtes responsable de la gueule que vous faites". Bon, je trouve, ça peut faire un très bon refrain !

Tu vois, alors ça c'est, ça c'est un truc que je peux prendre, j'irai leur demander si je peux...

J'ai horreur des chansons qui pourrissent, qui peuvent pas avoir de sens, pour moi une chanson tu vois je la teste, même avec ma vie il faut qu'elle marche toujours, il faut que ça fonctionne sur moi quoi, même si ma vie change beaucoup dans son truc matériel, pour moi un bon poème ou une bonne chanson ça doit être comme un petit copain quoi, ça peut te suivre si tu l'aimes bien, ça peut te suivre et tu l'aimes toujours, puis ça marche toujours quoi.

Je lis tout, depuis que je suis tout petit je lis des bouquins, mais il faut qu'ils me plaisent vraiment, mais je lis aussi les publicités dans ma boîte aux lettres ou les publicités dans la rue, je lis aussi ce qu'il y a écrit sur les boîtes de médicaments toujours, tu vois enfin les trucs, le peroxydes d'hydrocarbone, ça me fait marrer quoi, ces noms.

J'arrive chez le dentiste, il y a "le Point", je lis "le Point". Par contre, pour "ex-Robin des bois" je me suis inspiré d'un article du "Monde".

 
       
 9. Les Stones. 
  C'est le 3 juin 1982 que sort l'album "Dure limite". 11 jours plus tard, Téléphone se retrouve en première partie du concert des Rolling Stones à l'hippodrome d'Auteuil, à Paris. Anecdotes...    
Louis  

Bon les Stones voulaient qu'on fasse toutes les dates.

Au début ils nous ont dit, c'est toutes les dates ou rien, et comme on voulait faire une tournée qu'on va faire là d'ailleurs, on s'est dit c'est con si les mecs nous voient deux fois à un mois d'intervalle, c'est dommage, donc on a refusé.

Bon après, les Stones ont rappelé, ils ont proposé autre chose, genre "vous faites Paris et Lyon", ou "vous faites Nice", nous on disait "non on veut faire ci, on veut faire ça" !

Et en fait, nous on disait toujours le truc qu'on pensait qu'ils refuseraient, parce qu'on n'avait pas envie de le faire.

A priori s'ils nous ont demandé, c'était pour eux, c'est pas pour nous faire plaisir, c'était parce que c'était classe pour eux d'avoir le premier groupe dans chaque pays où ils allaient et que si on avait refusé, je sais pas, c'était encore un peu de leur dorure qui s'en allait...

 
Richard

Et puis bon, à force de se rappeler, de s'appeler, puis ils nous ont invités à les voir dans une toute petite salle en Angleterre, ça c'était super, on les a vus devant 2000 personnes, il y avait plus toute la frime, ils étaient hyper simples, concert de rock, ils nous avaient vachement bien placés, en plein milieu, après ils nous invités dans les loges, putain j'étais content !

Avec Jerry Hall qui te parle en français, qui te dit "oh votre disque est merveilleux" alors qu'elle l'a certainement pas écouté tu vois, puis qui te sert des tas de trucs à boire, à manger, t'as Jagger qui vient te parler, enfin tous qui viennent... Nous on était là dans la loge, ah !

   
Corine   C'est pour ça que depuis, j'arrête pas de dire à tout le monde que je déteste Mick Jagger !  
  Pourquoi, il a été comment avec vous ?    
Corine  

Une pute...

Comme il est avec tout le monde. Une pute ! un arnaqueur ! un mec qui te baise la gueule, qui te fait des plans, qui te met les lunettes quand il faut, les enlève quand il faut, qui te sert du café quand il faut, qui t'adresse pas la parole quand il faut, et qui te fait des plans, qui mène son business.

Il nous a utilisés parce qu'il arrivait pas à vendre ses billets. Il nous a utilisés, il nous a eus au chantage, au chantage sentimental justement, et c'est pour ça que moi les sentiments maintenant, j'y fais gaffe, en nous disant "comment, vous le plus grand groupe français, vous savez bien que quand les Stones passent quelque part, c'est le plus grand concert de rock, c'est le plus grand événement rock, alors il faut que vous soyez là, si vous aimez le rock !"

Et nous on aime le rock, alors on a dit oui, enfin je veux pas en parler, parce que... je le hais !

 
Richard

On a quand même été vachement fans d'eux, et moi ça me faisait vraiment plaisir de jouer avec eux, quoi qu'il arrive, même si on se faisait virer ou n'importe quoi...

J'étais vraiment content de jouer avec eux. Bon je crois qu'on n'était pas très bons ce jour-là, mais enfin..

   
Louis  

On entendait mal à ce concert, on n'entendait rien de ce qu'on faisait...

Tout était inversé, tous les micros, toutes les guitares étaient inversés.

Quand je demandais qu'on me monte un peu la guitare de Jean-Louis, on me montait la mienne, tu vois, et les micros pareil, et partout, quand... c'était Bob Ezrin qui faisait le son dans la salle, il pensait monter Jean-Louis, il me montait moi !

Tout a été inversé, "sabotage !" est le mot qui vient le plus facilement à l'esprit.

 
       
 10. et ensuite ?... 
Corine

Téléphone maintenant, c'est une entreprise.

Ca fait bouffer plein de gens, ça fait travailler plein de gens, et quand j'ai commencé Téléphone, j'avais jamais pensé à ça, parce que je suis un peu bête et que je pense pas à l'avenir et que je m'en foutais, qu'on s'éclatait avec des potes, on faisait ce qu'on aimait, on avait tous largué les études, les parents, tout ce qu'on nous avait proposé avant ça nous plaisait pas, et Téléphone ça nous plaisait.

Et on avait l'impression d'être sur la route, il y a plein de chansons qui le racontent quoi, d'être sur la route, de faire ce qu'on a envie, et maintenant on aime toujours ce qu'on fait mais il y a des contraintes.

   
Richard   On s'est bien éclatés, en se disant vraiment, on s'est bien fendu la gueule.  
Louis

Il y a des bons, surtout des bons souvenirs qui reviennent...

Tu sens une vague responsabilité quand même, on n'a pas vraiment le droit de se casser la gueule.

Si on n'a pas le droit d'arrêter on ne peut pas arrêter d'abord, même si on s'engueule des fois au milieu du groupe, ce qui arrive depuis 6 ans, qui arrive partout, on sent que ce serait moche d'arrêter.

   
Jean-Louis  

T'as pas le droit de le foutre en l'air pour une petite histoire de merde !

Et puis il y a des pièges connus, qu'on connaissait au début, puis il y a des pièges un peu plus vicieux tu vois, pour un groupe, et il faut arriver à les déceler, les éviter.

Je crois qu'on doit être un peu un exemple aussi, pas dans le sens que tout le monde doit faire ce qu'on fait du tout, ni comme on le fait, mais un exemple que c'est possible, un exemple d'indépendance, de liberté, de jeunes qui arrivent à réaliser un truc ensemble.

C'est vrai que c'est un rêve adolescent, et que il y a beaucoup de gens qui ont des rêves adolescents et qui les enterrent, et c'est aussi l'exemple de ça, de la passion qu'il faut pas enterrer quoi.

 
       
       
  Le disque que vous venez d'entendre a été pondu, monté, décortiqué et réalisé par Sylvie Faiveley et Richard Adaridi, avec la complicité efficace de Joey Cool. Et pour terminer un petit cadeau quasiment en stéréo audionumérique, voici un collector's, c'est la maquette de "Cendrillon", telle que Louis Bertignac l'a gambergée chez lui, vers 1981-82.    
   


Cendrillon n'a plus 20 ans Et plus d'enfants depuis longtemps

Son bel amant a foutu le camp Avec la belle au bois dormant
Elle ne sait plus où ni comment Tout ceci est tellement loin
Et Cendrillon n'a plus le temps Elle fait ses malles, reprend ses biens, elle part...

Pendant son sommeil infini La belle au bois s'est endurcie
Cent ans d'inaction ont suffi A la changer en junkie
Une infirmière lui serre le bras Ses jolis cils ne frémissent pas
Les tuyaux dansent dans l'ambulance Et tout ça n'a plus d'importance, elle part...

 
Richard Ah, ça s'est arrêté !    

Transcription © 1999 by Olivier Noblat et la Bertiliste


  
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