THE Bertinterview

réalisée le 20 février 1999, chez Louis,
par Guillaume "BertiFan N° 1" Henriet
et Thierry "Da ListMastah" Joubaud.

© 1999 La BertiListe

 

Bonjour Louis ! On a commencé à Wagram à faire une petite série d'interviews des coincoins. On avait eu Christophe et Cyril, puis plus tard Guillaume a fait une interview d'Eric, qui n'est pas encore publiée, mais qu'on va mettre bientôt sur le site. C'était la fin de la tournée, et maintenant que la tournée est finie, qu'est-ce que tu en as pensé, de ce que nous, on a appelé la BertiFamille, de tous ces mecs qui se sont réunis pour faire ce groupe avec toi ? Comment en parlerais-tu ?

C'est difficile d'en parler quand je ne suis pas avec eux, parce que je n'y pense pas. (long silence) En tous cas, la tournée a été très agréable, très facile. C'était aussi facile, évidemment, parce que les concerts marchaient bien, et ça marchait bien parce que l'équipe était bien. L'alchimie a pas mal pris. Tu vois, tu mets les cubes ensemble...

Chacun avait son rôle ?

Surtout dans la musique.

Dans la musique, les rôles sont clairs.

Dans les vibrations, mouais... Chacun fait son petit truc. Enfin, je ne sais pas, je ne peux pas dire "lui, c'est lui qui fait ça, moi, je fais ça..." (dubitatif) Mais peut-être qu'il y avait des interactions entre eux, aussi, mais quand je n'étais pas là, donc je ne peux pas en parler. Mais quand j'étais là, bon... soit je les prenais un par un, soit on parlait tous ensemble, ou deux par deux...

Mais je m'occupais surtout d'essayer comme d'hab que ce soit de mieux en mieux chaque jour, donc je parlais toujours, je faisais le Mémé Jaquet (gros sourires)... C'est marrant, comme j'avais abordé la tournée, je faisais l'Aimé Jaquet dès avant la tournée. Je leur disais "On n'a pas le droit de rater un match. Si on rate un match, on est éliminés, je le prends comme ça. donc, je ne veux pas qu'on soit éliminés, on va jusqu'en finale et on gagne la finale."

Et c'est ce qui s'est passé.

(très affirmatif) Ouais. On a gagné, on est les bleus, et on est très contents. Enfin moi j'ai été ravi. Y'a pas eu de lézard, après le niveau ça a été une belle tournée. Parce que les chansons nous plaisaient, le public était vraiment au rendez-vous, parce qu'ils avaient aimé le Live.

En plus, c'était facile. Il y avait un a priori agréable avant de monter sur scène par rapport aux tournées précédentes, qui précédaient le Live, là, j'avais l'impression que les gens venaient pour quelque chose de plus précis. Ils ne venaient pas "Bertignac, c'est quoi ?" C'est Vas-y guitare, ou c'est Ces idées-là, ou Téléphone ?... C'est un guitariste, ou c'est un chanteur de Blues, ou quoi ?

Et donc, pour une fois, les gens venaient pour écouter le Live, probablement la plupart. Enfin, la plupart, au moins plus de la moitié. Donc, nous on arrivait là, avec beaucoup de confiance, parce que le Live, on le connaissait bien, et on savait que, en général, la barre, on l'avait franchie. On savait qu'on était meilleurs que sur le Live.

Parce que le Live nous avait servi, tu vois. Les voix du Live, quand tu les réécoutes, tu te dis que non, maintenant, je chante mieux. Parce que tout ça a fait travailler. Quand tu réécoutes les premiers concerts, tu te dis, non, il faut que je fasse mieux, c'est pas possible, ça, ça va pas, donc on répète, on bosse jusqu'à ce que ça aille mieux. Le fait que ce soit enregistré tous les soirs, et qu'on doive le diffuser, ça met la barre... (main sur le front) C'est du solide. Et donc, tu fais moins d'erreurs, tu bosse plus, tu bosses mieux.

Ta voix a beaucoup changé en fait, entre les albums studio, le Live et puis maintenant...

ouais...

Tu as l'air beaucoup plus à l'aise pour chanter.

Ouais. Ça, je crois que c'est l'expérience.  C'est comme un puzzle, qui se compose de petites pièces. Alors les petites pièces, c'est... respirer à peu près correctement... ne pas oublier de respirer... sentir chaque phrase que tu vas chanter avant de la chanter... des trucs comme ça. C'est plein de petites pièces qui font que quand tu chantes, tu chantes à un pourcentage plus élevé. Parce qu'avant c'était peut-être 30 %  de chant, et 70 % de... divers. C'est à dire ce que tu penses, ce que tu joues... il y a de la parano et puis de la vérité, tu vois, je chante mal, (montrant un public imaginaire) il fait chier, pourquoi est-ce qu'il me regarde, lui, etc... (rires)

Maintenant, j'ai beaucoup moins le temps de ça, je suis plus concentré sur une technique à laquelle j'essaye de me tenir.

Tu es devenu chanteur, aussi, plus seulement guitariste.

Je ne sais pas si on peut m'appeler chanteur encore. Je ne crois pas. Je crois que j'ai commencé à m'éclater, quoi. Je commence à m'amuser avec ça. Guitariste, ça a été beaucoup plus rapide (rires). Mais c'est normal, ça. C'est parce que, guitariste, j'ai appris à 12 ans, 13 ans. Et quand tu es à 12 ans ou 13 ans, et que tu commences à jouer, et tu te crois bon quoi qu'il arrive. Tu t'en fous de toutes façons. Tu rêves. Tu rêves que t'es bon, même si sais que tu ne l'es pas. Tu rêves que tu es Hendrix beaucoup plus facilement que quand tu as 40 ans et que tu réalises que tu chantes depuis des années sans savoir trop chanter...

Mais c'est venu doucement. Alors que guitariste, j'ai eu au moins 7 ou 8 ans pour jouer de la guitare sans avoir le moindre flip. Je montais sur scène, non, je montais sur scène mais c'était pour faire le con.

Après, c'est devenu plus sérieux, mais quand c'était sérieux, j'avais la technique à la guitare pour le faire.

Tu avais la technique et puis tu n'avais pas trop la pression, tu n'étais pas tout seul

Oui, mais j'étais en général vedette. Au début, c'était pour des petits... des anniversaires, des trucs comme ça. Après, il y a eu Higelin, bien sur, mais même dans les trucs où j'étais vedette, je savais que je savais jouer. Et il y avait tellement peu de guitares électriques à Paris, de mecs qui jouaient, que j'y allais vraiment en confiance. Mais le chant, c'était vaguement pour imiter un chanteur, je ne m'attendais pas du tout à chanter.

Après, Shakin' Street, Higelin, Jean-Louis... et là, j'avais un bagage suffisant à la guitare, mais pas à la voix. Donc j'ai fermé ma gueule, fait un ou deux petits chœurs de temps en temps, un ou deux conseils, en faire un sur Cendrillon, ou 2000 Nuits, enfin... Et en fait c'était très facile, parce qu'on n'attendait pas de moi que je chante bien. Et je ne chantais pas bien...

En fait, tu t'es mis à chanter avec les Visiteurs...

Oui, mais par nécessité. C'était pas mon but. C'était même pas mon but en arrêtant Téléphone.

Qu'est-ce que tu penses, justement, de ces anciens albums ? Les albums des Visiteurs, Elle et Louis, 96, maintenant qu'il y a quelques années qui se sont passées, qu'il y a eu une évolution dans ta musique, dans ton chant, aussi ? Est-ce que tu regardes en arrière, des fois, ces albums-là ?

Je regarde très peu en arrière. Par exemple, une fois, je suis tombé sur des DAT que j'écoutais... j'écoute plus des DAT que des disques... De toutes façons, les Téléphone c'est pareil, et même le Live, à part que le Live, c'est moi qui l'ai produit, donc j'ai passé du temps dessus, mais les autres...

Les disques, pour moi, c'est le seul support qui fasse que... (geste de dégoût et gros clin d'œil) c'est pas pour moi. Tu vois, une fois qu'il est fait, c'est pas pour moi, je refuse presque de les écouter. Ça me fait bizarre quand j'écoute ça... Ça a un côté trop figé, alors que les versions de mes anciennes chansons, j'en ai plein. Et le côté figé du disque, ça m'énerve. Parce que justement je vois plein de défauts... Je vois un truc toutes les 5 secondes... Enfin pas forcément un défaut, mais un truc que je ferais aujourd'hui différemment...

D'autres choix ?

Oui, bien sur, tout le temps, tout le temps d'autres choix. Parce que tu apprends tout le temps. Je pense que c'est pour tout. Si c'était un bouquin, ce serait pareil, j'arriverais pas à le lire...

A propos de bouquins et d'écriture, justement, tu sais sans doute ou tu as entendu parler de quelques-uns des débats qu'il y a sur la liste...

(mort de rire) Oui !...

Il y a eu beaucoup de débat(s) sur les paroles de tes albums, alors, tout le monde se demande quand est-ce que tu vas *enfin* te mettre à écrire vraiment toutes tes paroles, ou au moins la plupart, parce que celles que tu as écrites, tout le monde les adore...

Oui, mais  je les aime bien aussi, celle que j'ai écrites... C'est celles qui ne sont pas sorties que je n'aimais vraiment pas.

Et bien que, je ne suis pas tellement d'accord, quand même : les deux premiers des Visiteurs, c'est moi qui les ai écrits. Et je les trouve pas super. Il y a quelques bons trucs, et puis il y a beaucoup de trucs qui pour moi, sont du niveau d'Elle et Louis, facile ! Et je dis (mettant le plat de la main à trois centimètres du sol) comme ça ! (rires)

Bon, pour moi, Elle et Louis, c'est vrai que parfois, les paroles sont vraiment chiantes, et j'ai du mal à le penser aujourd'hui, mais euh... Vas-y guitare, je trouve ça vachement bien, il y a quelques idées comme ça que je trouve... brillantes.

Et voilà, mais c'est vrai qu'il y a plein de trucs qui sont ringards. Mais c'est pas du tout un écrivain qui a fait ces paroles, c'est un copain, et on aurait peut-être du passer plus de temps à ...

Mais tu as su écrire des textes superbes

J'ai su en faire. Je peux en faire...

On t'attend !

Je peux en faire, et je me dis qu'il va falloir que je m'y mette. En fait, je crois comprendre un peu mon problème, c'est que... c'est que je chante souvent en yaourt. Et chanter en yaourt, c'est placer la barre très haut. C'est juste ça. C'est à dire que tu donne un son à tes mots, un sens, euh... subconscient, et ça prend une force qui est grosse en subconscient, et qui est nulle en travail réel. Et quand le travail réel doit arriver à ce niveau-là, il rame comme un con, et je sais que je n'y arrive pas. Je sais que je n'arrive jamais au niveau des yaourts. Et ça me bloque, tu vois, ça me bloque dans l'écriture, je ne laisse pas couler ce que j'ai à dire, parce que... parce que ça sonne moins bien que le yaourt, déjà, et ça fait chier, vraiment, de se mettre une barre à atteindre, comme ça. Et donc, je pense que la seule solution, si je veux faire ça, c'est de le faire d'une traite.

Comme certains morceaux que tu as écrits. Telle est ma vie...

Ouais. Ces idées-là, aussi, Cendrillon... comme par hasard...

Comme par hasard, les morceaux qui sont les plus forts.

(pensif) Ouais. Ouais.

J'ai l'impression que pour la musique, il ne sont pas spécialement forts. Donc peut-être qu'il faut que ça vienne d'une idée de paroles, en me disant vu que je suis musicien, donc de toute façon, la musique, on y arrivera facile. Plutôt que de partir du riff, de se planter et d'être planté pendant six mois à chercher...

Une nouvelle technique, alors, à explorer ?

Ouais, j'essaye, j'essaye en ce moment.
(interruption par Guillaume qui demande si on peut augmenter la lumière)
Comment ça , elle est à fond, la lumière !... (l'air tout dépité) tu pourras pas la foutre sur MTV, l'interview (rires+++)

Justement, en ce moment, tu écris, un peu ? Tu travailles pour ton album ?

Oui, un petit peu aussi, on en profite. Vu que j'ai installé mon matériel... Je savais que ça ferait ça, aussi, de me mettre sur l'album pour Corine. Ca remue aussi, bon, c'est créatif. Les chansons de Corine, je les prends aussi un petit peu comme les miennes... Bien que, c'est des (mes ?) chansons, mais il ne faut pas qu'elles me ressemblent... (rires) Alors c'est marrant, c'est assez spécial. Mais en tous cas, ça m'a mis au travail. Donc, quand ça me ressemble un peu trop, et bien je fais une chanson à moi... (rires)

Et les choses avancent...

Et les choses avancent ! Bon, à quel rythme, ça, (très évasif) on verra... En tous cas, ça avance, toutes les chansons ont été plus ou moins abordées aujourd'hui. Enfin, bon, à part une ou deux. Et voilà, les versions s'enchaînent, alors tu vois, il y en a qui montent (les deux mains vers le ciel), comme ça, elles montent, et puis d'autres qui descendent (les mains tombent lourdement au sol) comme ça, qui s'écrasent...

Et là, tu travailles tout seul, actuellement ?

Oui, en ce moment, je suis tout seul. Je ne sais pas trop comment faire autrement.

C'est comme ça que tu as toujours fait ?

Oui, de toute façon, écrire, c'est un travail solitaire.

Dans tes albums précédents, ça a toujours été au moins au début un travail solitaire, en tous cas pour Elle et Louis et 96, mais après, tu fais appel à un producteur extérieur... c'est un besoin ?

(très affirmatif) C'est une erreur.

Non, en fait, je fais appel à un mec... je faisais appel à un mec... A l'époque de Téléphone, on faisait appel à un mec... pour nous mettre tous d'accord.

Un arbitre ?

Un arbitre.

Et un ingénieur du son. Et puis, à part Ezrin, qui s'est avéré être aussi un arrangeur... Qui n'arrangeait pas, mais qui nous disait "Non, là, ça suffit pas, il faudrait faire..." Alors que les autres, non. Ils disaient "Super, allez-y".

Ensuite, j'ai pris ça... pas vraiment comme un arbitre, mais comme un aide à la finition du truc... et, en fait, ça n'a pas donné ce que j'attendais. Tu vois, j'espérais un ping-pong comme ça (version pour sourd-muet Italien ;-) ), on peut faire ci, on va faire ça... mais j'étais trop sur de moi.

C'était un peu normal, parce que j'avais bossé les chansons pendant deux-trois ans, et le mec, il les découvrait depuis 15 jours pour les enregistrer, alors forcément les idées qu'il me proposait, je lui disais "ben non, il faut pas faire comme ça, c'est comme ça..." Parce que j'avais exploré un peu tout, j'avais vraiment eu le temps.

Et je me suis retrouvé à faire des trucs avec des mecs qui me respectaient trop. Donc, j'avais l'impression que je produisais le truc, sans vraiment pouvoir le produire, parce qu'il fallait que je sois tout seul pour ça, pour vraiment prendre mes responsabilités.

Et le Live, ça m'a éclaté de faire ça. C'était du pur mix, mais ça a été une découverte, pour moi. J'ai découvert plein de trucs de ce que j'aime.

Donc, sur le Live, ça a été une autre affaire. J'ai pris de A à Z l'affaire, et là, je me suis retrouvé avec des vrais assistants, Cyril et Bruno. Et là, c'était un boulot différent, au lieu de ramer comme un fou à essayer de faire l'assistant du producteur, qui n'était pas en confiance, parce qu'il me respectait trop pour faire le boulot de producteur, là j'étais avec deux mecs qui me respectaient vachement, et j'étais le Boss, j'étais en confiance, et je prenais mes responsabilités, et je ne laissais rien échapper à mes oreilles.

Et c'est un processus que tu envisages a priori de reproduire pour le prochain album ?

Oui oui. Tout à fait, ça il n'est pas question... Pour les paroles, je ne peux rien promettre, mais la prod c'est sur, c'est évident...

Production Louis Bertignac.

Oui, ça, maintenant, je crois que je sais mettre une reverb (rires). Non, mais c'est surtout que ça fait très longtemps que je sais faire ce que je veux pour arriver à un résultat. Et c'est juste que je ne sais pas traiter certains petits trucs, comme la batterie, ou des trucs comme ça...

Donc, Production Louis Bertignac, et Label Bertignac, aussi ?

Label ? Oulah... Ça, ça voudrait dire que je m'intéresse au bizness, ce qui est vraiment... pffft..... Je crois que je ne suis vraiment pas doué. Je crois que j'ai raté la marche il y a très longtemps, et que ça n'ira jamais. Je vois pas vraiment ce que... J'ai jamais essayé de comprendre comment ça marchait, ça m'a toujours gonflé, et là, ça fait que... je n'y comprends toujours absolument rien, sauf que ça me gonfle... (rires)

Là, c'est fini, avec Sony ?

Oui.

Ça s'est terminé avec le Live, qui est le dernier qu'ils aient mis sur le marché ?

Oui. Ils ont failli ne pas vouloir du Live, ils voulaient un disque normal, mais en fait, ils ont bien fait de prendre le Live... Je pense...

Au moins, nous on ne se plaint pas !

Ouais ! (rires+++) Mais j'avais prévu d'autres systèmes, au cas où ils n'en voudraient pas. J'avais prévu... de me tirer, de leur dire au revoir, et puis de le sortir moi-même...

En indépendant ?

Oui, au moins en indépendant. J'avais pensé le faire sponsoriser et l'offrir !

(incrédule) Ah ouais ?

(grand sourire) Oui...

Est-ce que c'est pour ça, parce qu'il y avait, disons, une ébauche de désaccord, qu'il y a eu une promo pas tellement...

Sur les autres aussi, donc, je crois pas que ce soit vraiment le problème.

Je crois que, disons, je ne suis pas un produit facile à vendre, (rires++) en tous cas, pas pour eux...

De toute façon, depuis que je suis gosse, j'ai l'impression que pour ce qui est de vendre, je n'ai jamais su comment gérer quoi que ce soit, mais que j'ai toujours vendu mes trucs par la scène. Avec Téléphone, c'était comme ça. Bon, après, c'est devenu gros, c'était un autre processus qui s'est engagé... Et avec Higelin, ça a toujours été comme ça... On a commencé, enfin lui il avait commencé avant, mais c'est par la scène, parce qu'à l'époque, les disques ne se vendaient pas terrible...

Higelin avait commencé avant, mais c'est au moment où il t'a rencontré, je ne sais pas s'il y a une relation de cause à effet, mais là, il a pris un sacré virage dans sa carrière...

(gros sourire) J'espère, j'espère qu'il y a une relation...

C'est là qu'il a vraiment tourné Rock...

Non, il avait tourné Rock avant.

Avec BBH ?

Ouais, mais ça ne marchait pas. Ça ne marchait pas sur scène. Ça a marché sur scène après. J'ai vendu le truc par la scène. Bon, c'est pas moi qui ai vendu Higelin. Mais j'ai vendu... mon truc, quoi ! (sourire fier et modeste à la fois, voyez le topo ?) Et ensemble, ça marchait bien.

J'ai vécu des grands trucs, avec lui. Du genre, pour un mec de 21 ans, je crois, ou 20 ans, genre fête du PSU, où les musiciens ne pouvaient pas venir parce qu'ils étaient avec Lavilliers ou je ne sais pas quoi, au même moment, il y avait genre 100.000 personnes, et il n'y avait que moi comme musicien... alors Jacques, il chantait, et moi (gratte en l'air) pour l'accompagner, il fallait improviser, c'était chaud !... (sourire pensif) Là, j'ai vécu des grands trucs... Et puis voilà.

Et tu revois Higelin, tu revois tous ces musiciens...?

Pas beaucoup. Je ne vois pas beaucoup de monde, de toutes façons...

Pourquoi, parce que tu travailles, parce que c'est pas dans ton tempérament, parce que...?

Ecoute, non, j'aime bien... J'aime bien voir tous ces gens... Mais c'est vrai que je n'ai pas tellement de potes, dans la musique, dans le bizness. Enfin, surtout dans le bizness. Dans la musique, ouais, parce que j'ai des potes qui font d'autres métiers depuis longtemps, et puis qui jouent de la musique. Mais je ne sais pas, dans le bizness... j'ai comme un truc contre ça. J'ai comme un truc. J'ai du finir par devenir parano avec tout ce qui est le bizness ! (rires) C'est un truc qui me fait peur. J'ai l'impression que... ça va me rappeler le boulot !

Avant le Bizness, tu n'as pas toujours pensé que tu serais musicien, tout le temps, non ? C'est venu comment, ça s'est fait petit à petit, si on remonte un peu dans les vieux souvenirs ?

Ouais, j'ai joué... pas pour ça, pas pour faire ça, en tous cas. Peut-être que c'était, un rêve dans le fond, un peu comme tous les gamins. Mais je n'y pensais pas du tout sérieusement. Et puis au fil des années... ce n'est pas moi qui l'ai fait, ce sont les gens qui disaient, "oui c'est bien, j'aime bien ce que tu fais, tu peux continuer, tout ça..." Et puis j'ai commencé à y croire, à force...

Et puis c'est venu en fait avec Téléphone ?

Oui, même avec Higelin, c'était déjà là... Mais je ne sais pas, à chaque fois que je faisais un truc, il y avait, je ne sais pas (dessinant une courbe exponentielle avec la main) un truc très positif, alors je me disais que j'avais une étoile quelque part, que ça marchait, à peu près tout ce que je faisais, tu vois, même Shakin' Street, ça marchait, les concerts, ça se passait bien... Donc ça m'a donné confiance.

Bon, le groupe, on ne sait jamais, les groupes de Rock, faut essayer... Un groupe de Rock sérieux...

Donc, les concerts, ça fait maintenant trois mois que ça ne tourne plus... Quand est-ce que tu remets ça ? On attend, nous ! et la liste, et sûrement bien d'autres... 

Ben ouais, ben ouais, moi aussi... mais il faut bien que je fasse le disque !

Parce que les concerts, je crois que... c'est la récompense ! C'est chiant, mais c'est la récompense. Bien que, le Live, ça n'a pas été du travail, puisque c'était à base de concerts, donc je ne peux pas faire des Live tout le temps. Enfin, même si c'est un Live, il faut bien composer des chansons. Alors que là, je n'avais pas à le faire, c'était cool.

Le Live, en fait, est beaucoup basé sur 96, et sur des reprises.

Ouais. Mais alors si tu vois le temps que ça a pris, pour faire le Live...

T'es un peu perfectionniste, quand même...

Non, mais... déjà, pour le Live, il a fallu composer des chansons, les chansons de 96... (rires) alors ça remonte à quatre-cinq ans !

Franchement, je me dis, putain, la dernière chanson que j'ai écrite et qui est sortie, c'est Telle est ma vie... J'avais 40 ans, et là j'ai 45, bientôt ! (rires) Quand même... ça prend un temps fou... ça prend beaucoup trop de temps.

Faut s'y remettre...

Ouais, faut s'y remettre... C'est assez sympa... C'est assez sympa, mais il faut reprendre confiance... Faut aussi reprendre confiance, aussi dans la compo.

Reprendre confiance dans la compo, reprendre confiance dans l'écriture...

Ouais.

Tu as un problème de confiance ?

Toujours... Tant que tu l'as pas fait... Je crois que c'est un problème, mais c'est comme ça. Il faut que je reprenne confiance à chaque fois. Dès que j'ai écrit une chanson, OK, je suis content en général, et puis j'ai l'impression que je ne pourrai plus jamais en écrire... et en fait j'écris le lendemain, et puis je suis content, et j'ai l'impression que c'est foutu après... (rires) et en fait ça revient tout le temps comme ça.

Mais... (long silence) mais (très résolu) je vais éviter le yaourt. Ouais. C'est débile.

Tu vois, souvent, je chante en yaourt, quand j'ai une idée de riff ou un truc comme ça, pour me souvenir de la mélodie que j'ai trouvé, mais faut que j'arrête comme ça, faut me l'interdire. C'est dur parce que c'est mon truc...

Et partir d'un texte ? D'un texte plat, juste des mots sur un papier ?

(long silence avec moue dubitative)

C'est à dire que je ne suis pas du tout... Je ne crois vraiment pas être poète. Dans ce qui est écrit, tu vois ? Alors... J'ai l'impression que je ne peux plus ou moins chanter que... (main sur le cœur) que le truc que je ressens fort sur le moment. Sinon, j'ai l'impression que je ne comprends rien ! Tu vois, quand on me propose un truc, j'ai l'impression que je rate... Ou alors le truc sait pas vraiment me toucher, ou alors c'est que je rate tout ce qui est essentiel.

Parce que je reçois des trucs, je reçois des fax, il y a des trucs que je trouve bien, mais je ne trouve pas que ce soit essentiel pour moi, là, maintenant... Et donc j'ai beaucoup de mal à le faire...

Les chansons de 96, ce qui était bien, c'est qu'il a fait une traduction très très correcte du yaourt, tu vois, avec le son, etc... Et là, c'était facile, j'avais déjà la musique. Mais partir d'un texte qui soit écrit, ça, je n'ai jamais fait ça. Par contre, ce qui peut se faire, c'est que le texte colle à un truc qui était déjà là. Avec du yaourt dessus.

Donc, ayant exploré toutes les possibilités, il n'y a plus qu'une possibilité, c'est effectivement que tu écrives tes paroles toi-même

Et que je les écrive en même temps que les musiques...

En produisant tes disques, en les sortant... toi-même...

Ah, en les sortant moi-même !... Je veux bien les finir, tu vois, je veux bien finir la galette... mais je ne pourrai pas les vendre. Mais, bon, un label c'est difficile... Me faire chier avec la promo, c'est difficile. Bon, je veux bien aller me faire chier, mais si je dois me faire chier pour savoir où je vais aller me faire chier...

Mais, bon, c'est pas toujours chiant, quand même... Comédie, c'est pas de la promo, je suis content d'y aller ! C'est rare... Il y a deux trucs comme ça, où je suis content d'y aller.

Comédie, les Nuls...

Voilà ! Et puis c'est tout (rires)

L'émission de Nagui, aussi, où tu étais passé avec Higelin ?

C'était pas mal, Taratata, oui... Oui, oui, c'était bien parce qu'ils te donnaient... Et puis Pullicino était excellent, au montage, aux lumières et tout.

Tu fais toujours beaucoup d'informatique, en ce moment ? des petites programmations, des petits jeux...

Non non, très très peu, j'ai arrêté, un peu...

Non, mais j'en ai toujours fait un tout petit peu, et je dois dire que le CDRom, ça a été la période un peu... (rires, bras vers le ciel) vraiment, le feu d'artifice !

Donc, la musique, l'informatique, un peu, qu'est-ce que tu fais d'autre dans la vie, qu'est-ce qui te branche ?...

Ouais, il y a des choses que j'aime, mais que je trouve peu le temps de faire. C'est vrai que j'adore... le karting, j'aime bien, le tennis, le ping-pong, je suis une bête, enfin j'étais une bête, maintenant je ne le suis plus, ça fait longtemps que je n'ai pas joué... Quelques sports comme ça, le foot, j'adore ça.

Et puis... Qu'est-ce que je peux faire d'autre ?... (long silence) ah, oui, j'aime bien rigoler, quoi... ça, c'est une autre passion. (rires) Surtout avec des potes, ou par hasard, ou avec ma copine, et dire des conneries... Enfin j'aime bien faire le con...

Tu étais gâté, avec la tournée, c'était quand même des bons petits déconneurs...

Il y en avait, oui, il y en avait...

Tu t'es retrouvé avec une équipe...

Cyril, ouais, lui, il tient bien la route, il n'y a jamais eu de problème... (rires) C'est pas le genre "ouais, je veux pas rigoler, aujourd'hui, je suis pas bien..." non, là, ça va !

C'est la déconne permanente, lui...

Oui oui, il est agréable. (sourires) Eric aussi, est assez marrant... Et puis même les deux autres, ils sont marrants...

Et puis il y a le reste de l'équipe. P'tit Lo, il est toujours prêt à dire une connerie aussi.

Max est assez sérieux. Pas trop déconneur, mais ça dépend. Il a ses moments. Mais Max, c'était le seul qui nous critiquait. C'était le seul à... quand nous, on était contents, c'était le seul à nous dire "non non, les mecs, ça c'était pas bien, ça c'était pas bien..."

Il faut bien qu'il y ait quelqu'un comme ça ?

(très affirmatif) Ouais, c'est bien. Et puis, ça me secondait pas mal. Parce que, en principe, c'est moi qui dois faire chier. Mais... j'aimais bien me retrouver dans la situation où je disais "Allez, nous emmerde pas, c'était pas si mal..." Ça me changeait un peu la tronche ! (rires)

Non, ce qui est très bien, c'est de changer de situation. Dans une équipe, comme ça, qui part en tournée, que les gens te voient dans une situation qui est différente, dans plusieurs situations différentes. Je sais que, un mec comme Christophe, si je suis tout le temps le patron, il dira "ouah, le patron, il fait chier..." d'office... alors que si il voit Max commencer à nous emmerder, et que moi je lui fais "ah non, tu nous fais chier..." tu vois... il est perdu ! (rires) Il ne sait plus où est-ce qu'il est, il ne peut plus me mettre dans son tiroir patron, donc il est un peu perdu, et c'est très bien comme ça... (rires+++)

C'est marrant aussi, parce que, au cours de cette tournée qui a duré deux ans, on a vu Cyril être road, enfin, être sous-road, parce que c'était l'assistant de P'tit Lo... devenir le patron de P'tit Lo du jour au lendemain... (ROTFL) Ça a été... une grande joie aussi !

Même pour P'tit Lo ?

C'est le seul qui... Non, il l'a bien pris...

De toutes façons, Cyril a tellement joué avec ça que soit tu flippais comme un rat, soit tu le prenais bien, en rigolant quoi... (rires+++) Tu vois Cyril, qui se posait là, qui disait "tu peux prendre la basse, là..." (montrant une basse imaginaire à trois centimètres de sa main) (ROTFSM)

Oui, c'est un truc qu'il nous avait raconté, dans son interview, à Wagram...

Ça a été une bonne période de rigolade...

Et c'est une équipe que tu espères retrouver après ?

Peut-être... (puis très affirmatif) Oui. Oui, sans doute. Enfin, j'espère. Je n'en sais rien. A priori, ouais. A priori, il ne devrait pas y avoir vraiment de changement. En tous cas si il sont disponibles, oui...

Je ne vois pas ce qui pourrait nous tomber sur la gueule... A moins tu vois, que Keith Richards m'appelle et me dise "Je veux bien que tu remplaces Ron Wood !" (clin d'œil du Boss et gros gros sourire du ListMastah) Je lui dirais, écoute, moi je suis plutôt du genre Taylor... et je pense que c'est ce qui vous convient le mieux.

Tu m'avais dit, une fois, que tu avais posé ta candidature, pour le remplacement de Mick Taylor quand il a quitté les Stones...

Oui oui oui ! Oui oui...

Tu peux nous la raconter, celle-là ?

Ah.. mais j'avais 18 ans... dans ces âges-là...

1975

1975 ? Non, alors, 19 ans... Attends, 1954, 1975 ? Alors j'avais 21 ans, déjà ?!

Oui, dans ces eaux-là...

Ah ouais, c'était juste avant Téléphone...  Et oui, alors j'avais un copain (nom inaudible), un vieux pote, qui m'avait dit "Ils sont à l'Hôtel Machin, à Paris." Et donc, j'étais allé à la réception, et j'avais laissé un mot pour Jagger. Mais il ne m'avait pas rappelé. (rires)

J'avais genre attendu une demie heure devant l'hôtel, en espérant qu'il passerait par là, mais il n'est pas passé par là. J'aurais pu insister toute la journée, évidemment. Mais je me tâtais, j'étais pas sur.

(Da ListMastah incrédule) Tu n'étais pas sur que le boulot en vaille la peine ?

Si, j'étais sur que c'était bien, de toutes façons... Mais je n'étais pas sur que ça ait une chance de marcher.

Et la Liste, alors ? Tu es un petit peu au courant de ce qui se passe sur la liste ?

Ouais...

Qu'est ce que tu penses de tout ça ?

Je trouve ça marrant ! C'est un peu un rêve, parce que... Parce que c'est un genre de fan-club, sans être, tu vois, des fans qui veulent des photos dédicacées... Le fan-club comme on en rêve, c'est à dire actif, avec des échanges sans arrêt.

Et moi, bon... j'y vais avec plaisir, voir des trucs, avec plaisir...

Je me retiens un peu, quoi, j'y vais pas trop, j'y vais pas tous les jours, parce que... pour moi, ça ressemble un peu à une branlette, quoi ! (ROTFLHFAO) Et je trouve que c'est pas toujours très bon, la branlette... Donc je me suis un petit peu calmé ! (LOL)

Mais bon, ça veut dire que que je me paye... (éclaté de rire) cinq-six digests de suite, parfois, aussi...

(très sérieux) Et je trouve ça vachement bien. Maintenant, j'ai l'impression que c'est moi qui devrais faire plus de choses, maintenant

Eh bien, tu es le bienvenu ?!!!

Ouais, je sais, mais, euh...

Tu es le bienvenu, mais en même temps, j'ai pas l'impression qu'on te demande quelque chose, qu'on attende quelque chose...

Non, je sais ! C'est ça, parce que c'est.. c'est ça que j'aime bien aussi dans ce truc-là, c'est que c'est un truc totalement indépendant. De moi, des maisons de disques...

Tout à fait...

Et tout ça, c'est royal, c'est idéal. C'est vraiment génial.

Ce qui ne nous a pas empêché de *beaucoup* apprécier Paradis44...

Ouais, ça fait plaisir, ça m'a fait plaisir... J'étais là pour écouter les comptes-rendus... (rires+++)

Heureusement que ça n'a pas été "ouais, bof, ouais, pas terrible..."

(rires) Ouais, non, mais j'aimais bien, tu sais, mais on pouvait très bien critiquer, aussi. Mais c'est vrai que j'avais vraiment flashé dessus, en réécoutant ça.

C'est une version tout à fait différente...

Oui, c'est marrant, ça m'avait bien plu.

C'est l'époque très solo, quoi. C'était l'époque "Fin de Téléphone".

Quand est-ce que tu l'avais enregistrée, cette version, justement, c'était un peu avant la fin, un peu après la fin de Téléphone ?

Ouais.

Avant que ça sorte, c'est une version précoce ?

Ouais, je pense. Oui, c'est avant. Mais je ne suis pas complètement sur. Mais c'est possible que c'était avant, et j'aie rajouté une deuxième guitare après. C'est possible, ça. Et en réécoutant ça, en tombant dessus, sur la séquence... (perdu dans ses pensées) Est-ce que c'était le Macintosh, ça ? Non, c'était sur le Studer, ça...

Je sais très peu de choses, tu vois. Je tombe sur une DAT, mais ce n'est pas daté, y'a rien du tout (rires), et j'ai beaucoup de mal à savoir.

Alors, il y a un grand débat. Est ce que c'est ou est-ce que ce n'est pas Richard ?

(l'air vraiment satisfait !) Ahhhh..... A mon avis, c'est Richard. Je ne vois pas qui ça pourrait être d'autre. Ce n'est pas moi, je ne crois pas... (pensif) Ça ressemble un peu à Richard. (long silence) Ça ressemble à moi aussi. C'est peut-être du Richard drivé... (mains en carré...) au quart de poil !

C'est comme ça qu'il faut faire...

C'est possible, ben oui, c'est ma chanson... (rires+++) Alors c'est pas Téléphone !

Et tu le vois de temps en temps, Richard ?

Non, ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu ! Ça doit faire deux mois à peu près... Avant la tournée. (NdLM : alors ça en fait six !?)

Non, je ne sais pas ce qu'il fout, en ce moment. Il prépare un disque avec Le Baron. Je sais que Le Baron, il en a pris plein la gueule récemment sur la liste (rires+++)...

Le Baron, c'est le guitariste de Jean-Louis ?

Oui, c'est ça. Aussi avec Daniel, l'ancien bassiste de Jean-Louis, et un autre mec.

N'Ko sans Aubert ?

N'Ko sans Aubert, ouais, c'est ça... (rires)

(hochant la tête en souriant) N'Ko...

Et Richard, il avait participé à tes albums solo ?

Ouais, il était venu jouer sur une ou deux chansons, souvent... Non, on est potes. Non, je suis pote aussi avec Jean-Louis. Si Jean-Louis est dispo tel jour, et qu'il me téléphone, "viens, viens, tu veux me chanter un truc, tu veux me faire un truc..." tout ça, ça marche, quoi. On n'est pas loin de ça, jamais. It's just a call away. Mais, euh (rires) ça se fait pas.

La FAQ des FAQ, "A quand la reformation de Téléphone ?", comme ça on sera débarassés ?

Ouais... (rires+++)

Ça, c'est LA FAQ des FAQ...

(rires++++ puis sérieux) J'y ai pensé très récemment.

(difficile à décrire, mais globalement sérieux !) Ouais...

(silence sérieux) Parce que je parlais d'un hôtel particulier en plein Paris avec ma copine... (rires+++++++++++++ la caméra tressaute)

Je me suis dit "Qu'est-ce que j'ai comme solution ? braquer une banque..."

(enfin calmés) Bon, pour l'instant, on en revient à tes projets, qui ne sont peut-être pas très très précis, qui attendent un peu de mûrir...

Quand même... Quand même, là, ça s'annonce, ça commence à mûrir bien. C'est mur.

Ça va être un disque. Ça va être... bon, je vais aider Corine à finir le sien, mais ça va être très très long. Très tranquille. Le disque de Corine ne va pas sortir avant un an, avant l'an 2000.

Et puis le mien, ou le notre, je ne sais pas comment ça va se passer vraiment, mais ça sera peut-être à base de beaucoup de travail ici, et d'un peu de travail au local, à Saint-Ouen. Avec les autres. Ou avec d'autres, qui se pointent comme ça... Pour l'instant je ne sais pas...

La porte et toujours ouverte ?

Ouais. Mais il faut... avant tout, je prends comme mission, d'écrire. D'écrire, avec la musique qui marche avec les mots. Mais la musique, c'est le dernier de mes soucis. Et c'est vrai que dès que j'ai une idée de paroles, je sais que la musique, je n'ai pas à me faire chier. Elle arrive avec, de toutes façons. Donc avant tout, les idées. Les paroles, commencer à écrire une phrase. Ou pas de phrase.

Il faut continuer à suivre les instructions de la BertiListe...

Oui oui ! Oui, je vais essayer ! Mais... (rires)

Sinon, je ferai du yaourt, et ce sera un mec qui les écrira. Ou alors un mec qui les réécrira. J'en sais rien.

Roda-Gil a fait un super boulot...

Ouais, il a fait un super boulot. Et il peut le refaire. Sans doute. Et il y a un autre mec avec qui je m'entends bien, qui me fait bien marrer, c'est Bergman. Boris. Il est marrant. C'est le même genre. On a le même régime... (montrant ca cigarette) alimentaire ! (rires)

Je ne sais pas. On verra. C'est ouvert. C'est ouvert... Et puis, bon... ça viendra comme ça viendra.

Faut que je me pousse au cul. De toute façon c'est clair, il faut que je me pousse au cul, sinon je... J'adore la vie. C'est dingue, j'aime beaucoup la vie ! Même glander, même rien foutre, j'adore ça ! (rires++) Alors en plus, je suis amoureux, j'adore la vie avec ma petite, et je pourrais très bien rester là à lui chanter des trucs, et à regarder la vie passer, j'adore ça... (rires)

Est-ce que ta participation avec Thiéfaine à son concert, est-ce que ça supposerait qu'il y aurait des collaborations futures plus poussées ?

Ah j'en doute ! J'en sais rien... Voilà, je ne connais pas Thiéfaine. Je ne sais absolument pas ce qu'il fait. Je n'ai jamais entendu un disque. Je l'ai rencontré deux-trois fois dans ma vie, et je l'ai trouvé super. Ça veut dire très simple, il a l'air sain d'esprit, donc voilà, quoi... Il m'a demandé, il a demandé à Bruno, mon manager, si je pouvais venir à l'Olympia, et j'ai dit ouais, il a l'air sympa... Mais quand même (rires) si je dois jouer avec lui, il va falloir que j'écoute une chanson !

Vous savez ce que vous allez jouer ?

Non !!! J'en sais rien du tout...

Tu n'as jamais répété avec lui, pour l'instant ?

Ben non... je te dis, je connais même pas une chanson...

C'est prévu ? Ça peut être une chanson d'un autre...

Ah... (l'oeil allumé) Ah ouais ?... Il fait des Stones ?

Il a fait des reprises, il a fait du Dylan, à Taratata, avec je ne sais plus qui, Mister Tambourine Man...
(NdLM : Don't Think Twice, It's Alright, avec Jean-Patrick Capdevielle, avril 1995, et Mister Tambourine Man, avec Paul Personne en mars 1997)

Ah bon, ben alors...

Sur scène, je ne sais pas trop ce qu'il fait comme reprises, mais il a eu une période très rock...

C'est cool... Mais il a eu "Gougou", comme batteur, déjà...

Ah oui, Alain Gouyard (sp?)... Ça c'était l'époque où il était très rock, la tournée 88, où vous vous êtes croisés, avec Alain Gouyard... Ça déménageait, sur scène

C'est dingue, quand même, je n'ai jamais vu ce mec, j'ai jamais entendu une seule chanson...

(reprise de l'interview après une interruption téléphonique...) Il y a une rubrique qu'on voulait aborder avec toi, dans cette interview, une rubrique plus technique, d'abord parce qu'il y a pas mal de guitaristes sur la liste, et il y a donc beaucoup de gens qui se demandent comment ça marche, ce son là... Tout ce qu'on sait, c'est que tu as une SG de 59... D'ailleurs, il y a plusieurs histoires qui courent sur la SG de 59, d'abord il y a la "trouvée à Londres" de Vas-y Guitare, et puis aussi l'histoire d'un ex-détenu aux états-unis, quelle est la vraie histoire ?

C'est l'ex-détenu, en fait...

C'est au retour de Los Angeles vers New-York, en stop, avec Lionel, mon pote, on s'est fait prendre, dans un bus Volkswagen, par deux-trois mecs, qui habitaient le New Jersey, et qui étaient en taule à Los Angeles. Ils avaient acheté le bus en sortant de taule, et on les attendait dans le New Jersey pour faire une fête. Pendant le voyage on s'est éclaté.

C'était en quelle année ?

Ça devait être en 73 / 74, juillet ou août.

J'étais en juillet / août 74, à Los Angeles, on aurait pu se rencontrer

(Rires). Ah ouais c'est vrai, parce que j'ai rencontré Jean-Louis et Olive de Lili Drop, à San Francisco. On s'était donné rendez-vous à New York, on les avait attendus, ils étaient arrivés, on habitait dans le Bronx, chez des gens qui nous hébergeaient, tu sais. On les avait rencontrés dans un parc, et on s'était donné rendez-vous telle date à San Francisco, à un endroit précis. Quand on s'est pointé, ils y étaient pas, alors on a traîné un peu. Et dans Berkeley, dans l'Université, on cherchait je sais pas quoi, des gonzesses, je jouais de la guitare dans le parc. J'entends un harmonica, au loin, alors je me mets dans le ton de l'harmonica, l'harmonica se rapproche, c'était Olive, et derrière Jean-Louis. Ça c'était un bon moment, il fallait que je le raconte, ça n'a rien à voir avec la SG, mais…

Donc en revenant de là-bas, il y a eu une fête dans le New Jersey, il m'a filé sa guitare [l'ex taulard] dans les mains, et j'ai craqué tout de suite, j'ai pas compris, ça me faisait penser à une guitare sèche. J'ai dû casser deux ou trois cordes dessus pendant la soirée. C'était une tuerie, je jouais avec 4 ou 5 cordes, mais c'était une tuerie. Je lui ai demandé : "Tu veux pas la vendre ?" Il m'a dit : "Ouais, si tu veux. J'en ai rien à foutre, ça fait 10 ans que je l'ai, j'ai jamais joué dessus, j'ai jamais changé les cordes". "Combien tu la vends ?" "Je sais pas, sans les cordes, combien elle vaut cette guitare ?" Je lui ai répondu "Je sais pas, je connais pas les tarifs" ? Alors je lui ai dit : "Il me reste $40", ce qui était vrai d'ailleurs. Il a dit "OK, je te la vends", et c'est Lionel a payé le taxi et c'était pile poil la fin du voyage. Et voilà, c'est devenu ma copine.

Et donc, tu l'as transformé un petit peu, t'as enlevé la plaque, t'as rajouté des frettes ?

Ouais, j'ai enlevé la plaque, et je me suis rendu compte que c'était moche sous la plaque, parce qu'il y a un trou. Alors je me suis dit, tant qu'à planquer ce trou, ...

Et tu joues sur un AC 30 ? On sait qu'il est bidouillé, mais comment, qu'est-ce qu'il y a de changé dessus ?

Il est pas vraiment bidouillé.

C'est un AC 30 de la grande époque ?

Ouais, c'est un vieil AC 30. J'en avais acheté 2 ou 3. Et un mec, je sais plus qui, m'avait filé l'adresse d'un mec qui réparait les Vox, parce que j'en avais un qui marchait plus, il était en panne. C'était pendant les premiers enregistrements de TELEPHONE, à Londres. Et donc je vais voir ce mec, en plus j'en ai chié parce qu'il fallait conduire à gauche, et j'avais rien compris à ce qu'il m'avait dit au téléphone, un accent impossible, et j'arrive dans ce petit magasin, au début je comprenais rien, mais le mec très marrant, dans le genre Goofy, avec des grandes dents, genre savant fou, et il me dit "Je le connais, moi, je travaillais chez Vox, à l'époque où on a fait tous ces amplis, et je les connais tous, et celui-là je le reconnais (rires). Et je lui dis : "J'aimerais bien un booster dedans". Il me dit : "Ouais, parce qu'on a fabriqué les "Top Boost", avec les boosters dedans, ça c'en est pas un, mais si tu veux je peux le modifier. Et il m'a rajouté des lampes derrière, il m'a rajouté une lampe. Et voilà, sinon, j'ai changé les haut-parleurs, dedans, c'est des JBL. Parce qu'il est un peu sourd le Vox, et quand tu mélanges le Vox qui est un peu sourd avec la guitare qui est un peu sourde... c'était trop sourd (rires). Donc j'ai mis des haut-parleurs plus brillants.

Et les pédales ?

Alors les pédales, jusqu'ici, c'est.... la première c'est la wah wah. Ensuite c'est ... je sais pas trop. J'ai vu sur la liste, en fait je savais pas (rires). Parce qu'en fait c'est arrivé qu'on change. (Il se retourne pour regarder son set up qui n'est pas posé très loin, dans le salon) Ben ensuite y'a le machin là, le chorus, il est toujours réglé à fond, donc ça fait un peu Leslie. Il est très rarement utilisé. Il faut vraiment que je sois détendu pour oser le mettre en route. Et puis la TC Electronics boost, celle-là elle est bien, parce que tu la mets en booster, alors elle booste juste. Elle est pratiquement à zéro en graves et en aigus, c'est juste pour faire saturer un peu plus l'entrée du Vox.

Donc, avec une SG 59, un vox à peine modifié, ces pédales-là, il manque plus que les doigts de Bertignac, quoi ?

Non, j'crois que c'est un truc dans la tronche qui fait que j'ai envie de m'éclater. Mes doigts, ils répondent pas au quart de poil.

Ça s'entend pas trop.

Non, parce que je rattrape. C'est comme quand tu es amoureux, tu vois, tous les défauts tu les vois plus comme des défauts, en fait là, il s'agit que de la scène, c'est que des potes, quoi. T'es là, avec tes potes, et y'a ta guitare, il y a la musique, et il y a les gens. C'est que des potes. T'es dans un état d'esprit amoureux, donc même une fausse note, tu vas l'aimer, et tu vas faire avec. Tu vas la rendre belle, d'abord parce que t'es pas là pour flipper, et encore moins pour faire flipper ton équipe, et les gens devant donc....

Ah ouais la nouveauté, aussi, je passe du coq à l'âne, pendant la tournée, c'est que j'avais ma table de mixage, qu'on m'a payée juste avant la tournée et ça c'était classe. Ça a été une longue réflexion, avec Bruno : "Qui on prend comme ingénieur du son , professionnel ou pas, les professionnels ils m'emmerdent parce qu'ils cherchent pas dans ce que je veux, c'est des producteurs. Ou alors, ca sera moi... Bruno : "Ah ouais mais si c'est toi, ca va durer des heures..." . "Oui mais non parce que si on a notre table ça ira vite, j'aurai déjà mon son, quand on arrivera à la salle...

GH et TJ, presque en chœur : Ca n'empêche que les balances durent toujours aussi longtemps (rire général).

Ouais, c'est pas totalement une légende.

Moi j’ai vu la balance du Plan, je suis arrivé, ça devait être commencé depuis 2 heures. Pourtant tu enregistres le son avec la table. C’est-à-dire que si tu rejoues demain matin au Plan, et que tu arrives avec ta table, le son, tu l’as.

En principe oui.

Donc normalement lors de la prochaine tournée les balances devraient être moins longues ?

En principe oui, si ce sont les mêmes salles.

C’est une bonne nouvelle, il vont être contents les Coincoins. Parce qu’ils sont assez unanimes. Dans les interviews qu’on a faites d’eux, ils disent tous " C’est trop long, ça nous crève ".

Mais écoute, (un brin agacé) un musicien, ça doit être foutu de jouer 8 heures par jour, non ? Mais je sais pas attends, … qu’est ce que tu veux qu’ils foutent d’autre, à part les 2 heures de concert. OK, il y a les 2 heures de concert où on donne beaucoup, où on donne, tu vois

Mais, il y des fois où vous ne dormiez pas assez ? Ca vous permettrait de vous lever plus tard à l’hôtel, quand vous avez de longs déplacements…

Mais on n'avance pas en jouant 2 heures par jour, on se maintient. C’était un jeune groupe, il fallait qu’on avance, autant eux que moi avec le son.

En fait c’était pas des balances, c’étaient des répètes ?

Moi je voudrais qu’ils jouent. Je voudrais qu’ils s’éclatent, qu’ils jouent de la musique entre eux, pendant que je fais le son. Ils ont qu’à s’amuser.

Mais ils le font, des fois ?

Ouais, ouais.

Ils ne décrivent pas non plus les balances comme un calvaire permanent. Seulement, ils disent que sur une tournée qui est assez longue (20 ou 30 dates), quand tu as 8 heures de son dans la tête toute la journée, tous les jours, à la fin, c’est usant.

Ouais c’est usant, mais c’est un beau métier, c’est des professionnels. On est pas là pour glander, non plus. Ils veulent aller au Nirvana en arrivant comme ça, à 22 ans " Ouais, c’est pas grave, j’ai pas besoin, je suis un génie. On a qu’à mettre une doublure pour le son … ". (Il se met à rigoler) Non, merde! Ouais ils râlent, mais ils sont contents. Et si je ne les appelle pas ils vont faire la gueule (il se marre à nouveau). Non ils râlent parce qu’ils aiment bien râler.

Je ne te l’apprends pas ?

Non pas du tout.

Tu le savais déjà ?

Oui, bien sûr. Mais à chaque fois, je leur dis le même truc, et j’m’en fous (rires). Mais moi, j’ai envie de faire un super concert, j’ai envie que les gens s’éclatent, et voilà, je ne veux pas arrêter. Déjà, j’ai du mal à comprendre, à concevoir, par mon caractère un peu "facho", enfin dans un sens, que eux ils arrivent sur scène, ils vont jouer devant les gens, et qu’ils n'en aient à peu près rien à foutre de savoir ce que les gens vont recevoir.

Bon OK, ils me font confiance. Mais il n’y en a jamais un, enfin c’est rare, qu’un mec aille dans la salle et qu’il écoute comment ça sonne. Tu vois, c’est bien gentil d’assurer le truc là où tu es, mais il faut que les gens reçoivent et que ça sonne bien. Y a des trucs, je comprends pas, non seulement, ils en ont rien à foutre, mais en plus ils râlent parce qu’ils sont obligés de jouer (rires). Il prend son air de ministre : Non mais enfin, c’est une plaisanterie (rires à nouveau).

En parlant de Nirvana, je saute un peu du coq à l’âne, on a entendu parler de projets pour aller faire de la musique à l’étranger ?

Ouais, mais le Népal c’est tombé à l’eau. Ça fait chier.

Bruno nous avait parlé de la Chine aussi ?

Oui, ça va se faire.

Qu’est ce que tu vas faire là-bas, parce que quand t’arrives, personne connaît BERTIGNAC ?

On va faire comme au Cambodge, en Indes, et partout.

Qu’est ce qui se passe dans ces voyages-là ?

C’est surtout des vacances (rires). On voit du pays, on voit des gueules différentes. C’est comme les vacances en mieux parce que tu rencontres les gens, ils viennent discuter beaucoup plus facilement. Parce que quand tu es en vacances en Thaïlande, tu es un touriste et basta. Alors que là ils viennent discuter, te parler de leur pays, etc, et c’est beaucoup plus sympa.

Et tu fais de la musique, tu rencontres des musiciens ?

Ca n’arrive pas tout le temps, mais en général ça se fait comme ça. Au Cambodge, on s’était marrés, on avait fait des bœufs avec des musiciens.

TJ (qui s’adresse à Louis) : Attends, je cherche quelque chose

Tu cherches quoi ?

Je cherche mon sac. (Et Thierry sort fièrement de son sac le tee-shirt, et s’exclame :) "Le premier tee-shirt de la BERTILISTE."

Ah ouais ! c’est pas vrai !

On te le donne un peu en avance, c’est pour ton anniversaire.
Je me suis rendu compte en fait que nulle part dans cet immense texte, il n’y a écrit BERTIGNAC.

C’est classe.

T’es absolument pas obligé de le mettre (rires).

Je trouve ça vachement bien. Si je viens à la BertiBouffe, je suis obligé de la mettre. Bon ben merci, dit-il en se recueillant devant son Listmastah. Et il ajoute en regardant à nouveau le dos du tee-shirt : C’est très bien qu’il n’y ait pas écrit mon nom.

Bertimaniac, ça sonne un peu pareil !

C’est mon deuxième cadeau d’anniversaire, j’ai déjà eu des pompes hier !